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Dossier sur les banques

Les banques, l'argent sale et les paradis fiscaux 

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Pourquoi s’intéresser aux banques ?

 

 

 

Les banques sont les gestionnaires officiels de l’argent. Ce sont des acteurs indispensables du développement économique quel qu'il soit.

Mais aussi :

  • les opérateurs principaux des marchés financiers, responsables d'une spéculation nocive

  • des acteurs détenant un énorme pouvoir d'orienter l'entreprise humaine et par conséquent portant une responsabilité certaine dans le soutien à une économie mondiale prédatrice et destructrice

  • les créanciers des Etats ; en particulier des pays du Tiers Monde, maintenus dans la spirale infernale de la dette.

Le rôle des banques dans chacun de ces thèmes qui font partie de la plate-forme d'ATTAC, mériterait d'être développé et donner lieu à des propositions d'action.

Mais nous nous intéresserons ici seulement au réseau financier international que les banques ont mis en place pour répondre aux besoins de la globalisation, et au caractère incontrôlable de ce réseau, avec pour conséquences le blanchiment de l'argent sale, la finance criminelle et l'évasion fiscale.

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La prévention du blanchiment repose sur les banques

 

Les banques assurent une circulation fiable et rapide de l'argent à la surface de la planète. Chaque pays traversé doit présenter une sécurité totale vis-à-vis des détenteurs de capitaux. En France, comme dans les autres pays, l'activité bancaire est réglementée. Mais au-delà du respect de règles prudentielles de base destinées à éviter les risques de la profession, il est indispensable que les banques s'assurent du caractère licite de l'argent qu'elles acheminent ; c'est donc à elles que la loi confie en priorité le rôle de gendarme financier, pour la bonne raison qu'elles disposent des données permettant la traçabilité de l'argent. Les recommandations du GAFI (groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux) vont d'ailleurs en ce sens. Mais comment le gendarme est-il lui-même contrôlé ?

L'état exerce un contrôle sur les banques, via une autorité de tutelle publique qui délivre une habilitation et est sensée  vérifier le respect de la législation bancaire. Il leur donne ainsi une forme de caution morale. Pour la France, il s'agit de la Commission Bancaire, organisme au sein de la Banque de France qui elle-même dépend du Ministère de l'Economie et des Finances. C'est donc cette tutelle qui s'assure en particulier de la bonne mise en place des mesures préventives anti-blanchiment. 

Une partie de la législation bancaire française concerne la prévention du blanchiment, à travers un ensemble de lois (juillet 1990, janvier 1993, mai 1996, NRE mai 2001, ..). Elle impose notamment aux établissements d'identifier les titulaires réels des comptes, de déclarer à l'organisme TRACFIN  (Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits FINnanciers clandestins, dépendant du ministère de l'économie et des finances) les dépôts d'espèces supérieurs à 8000 euros et les mouvements de fonds dont la provenance présenterait un caractère douteux ( par ex. suspectée d'être liée à des activités criminelles organisées, au trafic de drogue, etc.), ou un caractère "anormal" par rapport à l'utilisation habituelle des comptes.

Toute banque implantée en France est sous le contrôle de la Commission Bancaire, qu'elle soit française ou étrangère. Lorsqu'une banque française est établie dans un pays étranger, elle dépend alors de l'autorité de tutelle de ce pays ; sauf convention spéciale entre les 2 pays (exemple : Monaco, où les 2 autorités de tutelle française et monégasque co-existent). Le problème du contrôle anti-blanchiment va donc se poser particulièrement dans un paradis fiscal :

- la tutelle bancaire locale est délibérément laxiste

- les conventions bilatérales passées avec ce pays, quand elles existent, se révèlent impropres à un contrôle suffisant

Les banques sont aujourd'hui pour la plupart des multinationales. On voit qu'il n'existe pas aujourd'hui d'organisation cohérente de la surveillance de l'ensemble de leurs réseaux. 

 

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Les insuffisances du système anti-blanchiment

 

L'absence d'un système de contrôle unifié dans l'espace financier international est sans doute la première cause de l'échec de la lutte contre le blanchiment. Néanmoins, en attendant qu'un tel système voit le jour, on pourrait s'attendre à ce que les banques fassent tout pour éviter de se retrouver utilisées dans des circuits de blanchiment. Leur discours commercial  se voudrait rassurant sur ce point, mais la réalité est que pour y parvenir, il leur faudrait renoncer au marché de l'évasion fiscale, et donc aux ramifications de leur réseau international présentes dans des zones de non-droit telles que les paradis fiscaux. Il n'en est bien sûr pas question. La protection auxquelles elles ont recours est donc un système anti-blanchiment qui viserait à séparer le bon grain de l'ivraie, une sorte de filtre qui refoulerait l'argent sale. Si tant est que la tâche soit possible, le système mis en place aujourd'hui se révèle inefficace, malgré les efforts réels des établissements en terme de procédures, de contrôle interne, de formation du personnel..

Le volume de l'argent sale n'a jamais cessé d'augmenter, la plupart du temps silencieusement, dans des propensions ahurissantes. C'est déjà la preuve de l'impuissance du système à s'assainir. Un certain nombre de scandales de blanchiment éclatent régulièrement pour nous le rappeler. Pour chaque affaire, au moins un paradis fiscal ou un pays à la législation laxiste est concerné. Trafic d'armes, financement occulte de partis, criminalité financière (la "ENRON économie"), détournement de fonds par des dictateurs, financement du terrorisme, etc.. alimentent cette actualité édifiante. En France, l'affaire du "Sentier" est tout à fait significative :  les mises en examen  en 2001 et 2002, pour délit de blanchiment, de nombreux responsables de banques françaises, dont la Société Marseillaise de Crédit, la Banque Populaire BRED, la Société Générale, etc. (à ce jour, 124 cadres de banques sont mis en cause) ébranlent le milieu bancaire français tout entier. Cette affaire nous donne l'occasion de découvrir quelques failles inquiétantes de la prévention, notamment dans le traitement des chèques. Dans ce dernier scandale de blanchiment, c'est Israël, qui à l'époque figurait sur la liste noire du GAFI, qui est concerné. 

 

Pourquoi le dispositif bancaire anti-blanchiment est-il faillible ? :

  • toute la solidité de ce dispositif repose sur la bonne connaissance du client et de la façon "normale" dont celui-ci est sensé se servir de son compte. Dans les paradis financiers cependant, on peut douter de l'application réelle de ce principe :

    •  les nombreuses configurations juridiques qui organisent  l'anonymat (mandataires, trusts, fiducies, sociétés écran, sociétés en commandite, ..) compliquent la tâche d'identification et de surveillance. Un banquier prendra-t-il le risque de refuser un client quand il n'est pas sûr à 100% de l'identité du véritable bénéficiaire ?

    • Investiguer sur un client peut amener à transgresser le secret bancaire. Or, le non-respect du secret bancaire fait courir aux employés de banques des risques pénaux réels ou encore à l'établissement lui-même celui de se voir retirer sa licence. Alors qu'en fermant les yeux l'établissement ne risque pas grand chose, car il n'est de toute façon pas contrôlé. 

    De plus, à supposer que le client soit bien identifié et que la surveillance interne de l'activité du compte soit réelle, on ne voit pas très bien sur quels critères plus ou moins subjectifs cette activité serait être jugée anormale.

  • en réalité, le grand nombre d'opérations à contrôler pose un problème de faisabilité :  pour les seuls chèques, 5 milliards d'opérations sont traitées annuellement (20 millions par jour) par les banques françaises. La seule Société Générale traite quotidiennement 2 millions de chèques. Ceci implique des procédures hautement automatisées, où la connaissance du client n'intervient plus... alors qu'une véritable surveillance sous-entendrait une vigilance humaine et donc des moyens considérables. Par ailleurs ces procédures ne se déclenchent qu'au dessus d'un certain seuil, par exemple pour un montant d'opération supérieur à 8000  voire 15000 euros (environ 50 000 F et 100 000 F) ; on peut donc supposer que le blanchisseur fractionnera suffisamment ses mouvements de fonds pour passer au travers. Enfin les nouveaux modes de traitement électronique des chèques avec stockage sur micro-fiches, remplaçant l'ancien système de compensation entre banques, diminuent encore la possibilité de contrôler ces flux financiers. 

  • plus grave, il existe un flou sur la nature exacte des obligations des établissement bancaires : ceux-ci se plaignent, à juste titre, que l'autorité de tutelle donne des consignes imprécises en matière de prévention, en particulier concernant les territoires "à problème". C'est d'abord plutôt inquiétant quant au sérieux des procédures qui en résultent. Autre conséquence : le risque mal maîtrisé pour le personnel dont on jugerait qu'ils ne les appliquent pas à la lettre d'être inculpé de blanchiment. Tout se passe comme si personne ne voulait prendre la responsabilité véritable du contrôle. L'organisme de tutelle se décharge de la sienne sur les banques. Celles-ci, quand elles sont prises en défaut, se justifient en déclarant les directives inapplicables. Ceci les dispense en outre d'adopter une attitude suspicieuse qui pourrait rapidement s'avérer répulsive pour les clients. Tout le monde a intérêt, faut-il le préciser, à laisser les choses en état pour ne pas gêner les affaires.  

 La faille majeure de la lutte antiblanchiment : les agences bancaires dans les paradis fiscaux 

 

Dans les paradis fiscaux ou financiers, les banques se mettent tout simplement en situation d'être utilisées par des circuits de blanchiment : elles créent des passerelles entre le monde du non-droit et le monde démocratique, réglementé et contrôlé.

L'opacité se présente dès qu'un chaînon du circuit financier est douteux. C'est le cas notamment :

- quand elles possèdent elles-mêmes des agences dans les paradis fiscaux ou financiers

- quand leurs banques correspondantes y résident ou y ont des filiales  

 S'il décide de fermer les yeux sur ce chaînon faible, l'établissement financier prend un risque considérable d'être involontairement complice d'un système de blanchiment.

Les banquiers, bien conscients de ce danger et des carences de la législation, mettent généralement en place un contrôle "maison" des circuits sensibles, au moins pour éviter les scandales, toujours mauvais pour les affaires. Ces mesures préventives contre le blanchiment vont probablement au-delà de celles auxquelles la loi les contraint. Cependant  personne ne pourra les contrôler de l'extérieur. 

Il n'est pas sain de faire reposer la prévention anti-blanchiment sur la seule bonne volonté des banques.  

 

Il ne pourra pas y avoir de dispositif anti-blanchiment efficace tant que les banques auront des agences dans les paradis fiscaux et autres zones de non-droit.  

 

De plus, les banques ne peuvent être leur propre gendarme

Leur rôle est pourtant déterminant dans la détection de la finance sale. Elles disposent des éléments du contrôle. La centralisation des traitement et stockage informatiques (voir par exemple les chambres de compensation des mouvements de fonds internationaux, mises en lumière dans les ouvrages de Denis Robert) permettraient de développer des outils d'investigation très puissants.

Ces outils devraient être mis à la disposition des enquêteurs indépendants, c'est à dire des acteurs de la justice des différents pays qui cherchent à faire respecter leur législation. 

Les juges, les brigades financières et les inspecteurs du fisc, pour le moment écartés de la scène de l'assainissement de la finance, devraient au contraire y jouer le premier rôle et disposer de moyens performants d'accéder aux données bancaires, seul moyen de contrer le blanchiment et la fraude.

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La justice : un rôle de figurant

 

En France, une autre institution a un droit d'accès aux informations bancaires : la justice, qui peut être amenée à enquêter auprès des banques dans le cadre d'affaires pénales ou à la demande de l'administration fiscale.

Le pouvoir de la justice d'un pays s'exerce à l'intérieur de son espace juridique. En France, une enquête peut être menée par les services compétents afin de rechercher par exemple les informations sur les comptes bancaires d'une personne et sur l'utilisation qu'il en fait. Le fichier FICOBA qui recense les comptes bancaires est en particulier utilisé à cette fin.

Quand il s'agit d'accéder à des informations concernant un compte à l'étranger d'un ressortissant français, les choses se compliquent. Tout dépend des conventions éventuelles de coopération que le pays a passées avec la France. Lorsqu'il en existe, une requête devra être transmise par voie diplomatique, procédure longue et incertaine. Elle peut être refusée par les autorités du pays requis. Le pays requérant doit souvent prouver à priori la nature criminelle du délit (trafic de drogue, criminalité organisée). La fraude fiscale est rarement un motif suffisant. De plus, la personne visée par l'enquête peut exercer un droit de recours. Le temps moyen d'obtention de l'information est de 18 mois. On voit qu'une investigation qui peut générer plusieurs requêtes successives risque d'échouer, ne serait-ce que par prescription.

Ce n'est donc pas de cette façon qu'un contrôle des opérations bancaires internationales pourra être fait. La justice est dépourvue des moyens nécessaires. C'est la raison de l'appel de juges européens ("Appel de Genève") en 1996 réclamant les conditions minimales de l'exercice de leur profession dans le domaine financier.

Aujourd'hui il dépend du bon vouloir de chaque juridiction de collaborer avec les autres. les institutions internationales (G7, OCDE) recommandent, au moins dans le discours officiel, l'instauration d'une vraie coopération judiciaire. Sans grand résultat. La situation actuelle est que la coopération judiciaire internationale est très faible, barrant la route aux contrôles et aux poursuites. Les Etats semblent arqueboutés sur leur souveraineté nationale et leur secret bancaire : ce n'est qu'un prétexte. Les Etats veulent surtout rester libres de mettre en concurrence leurs systèmes fiscaux et juridiques dans le but d'attirer à eux les investisseurs : le chantage à la croissance et à l'emploi sont prétextes à une concurrence qui se révèle déloyale. 

 

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Que font nos banques dans les paradis fiscaux ?

... de très bonnes affaires !

Il existe un véritable marché de l'évasion fiscale : les banques s'évertuent à drainer les capitaux qui fuient la fiscalité de leur pays d'origine. Elles s'implantent là où le secret bancaire, l'anonymat organisé et l'opacité juridique permettent à leurs très bons clients, particuliers et entreprises, d'échapper à leurs obligations fiscales et d'éviter les poursuites de l'administration.

Et elles ne se gênent pas pour attirer le client fraudeur :  publicités alléchantes, sites Internet vantant les avantages de tel ou tel paradis fiscal, salon de la finance offshore (salon Shorex, à Paris). Si ce n'est pas de l'incitation à la fraude, cela y ressemble !

 

 Les banques paraissent parfaitement à l'aise pour capter cette très bonne et très riche clientèle en recherche "d'optimisation fiscale" ; elles lui facilitent la tâche de fuire l'impôt, grâce à leurs localisations bien placées. Les particuliers fortunés y trouvent leur compte, mais aussi les multinationales, qui installent systématiquement des filiales dans les paradis fiscaux pour minimiser leurs bénéfices et échapper ainsi à une partie de l'impôt dû dans le pays à forte imposition (un record : la société ENRON n'avait pas moins de 670 filiales aux Iles Caïmans).

  Bien sûr on préfèreraient éviter qu'une clientèle de mauvaise moralité comme les criminels notoires, les trafiquants et autres mafieux, ne viennent se mêler aux "honnêtes gens" dans les circuits de l'évasion fiscale. Impossible, car les tuyaux sont les mêmes et les abris anti-fisc sont aussi des abri anti-juges. Les mêmes ficelles juridiques, les mêmes experts en évasion fiscale servent à blanchir l'argent du crime et à rendre discrets les capitaux de l'économie légale. Mais après tout, s'ils restent discrets, les criminels ne gênent pas les affaires, au contraire, ils apportent de gros volumes d'argent qui font tourner le moulin de la finance... et augmentent les commissions des établissements financiers.

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(dossier en cours d'élaboration, toute critique, information ou proposition est la bienvenue)