De l'OMC au projet de Constitution européenne

Le dogme du libre-échange ne sévit pas qu'à l'OMC. Le projet de Constitution européenne le porte comme un principe absolu et indiscutable. Dès l'article 3, l'Europe est définie comme " un marché unique où la concurrence est libre et non faussée ". Le même article indique que l'Europe se propose de promouvoir " le commerce libre " avec le reste du monde. Et ce principe d'un marché où la concurrence est libre est répété à de nombreuses reprises. Le débat politique sur les vertus du libéralisme est immédiatement tranché : c'est la liberté du marché qui assure à elle seule " l'allocation efficace des ressources ". La constitution choisit donc une fois pour toute le modèle économique et social qui s'imposera aux européens. Plusieurs articles contraignent explicitement l'Europe à mener partout dans le monde le travail de libéralisation tel que l'OMC le conçoit. On a même été jusqu'à cadenasser soigneusement la question des " services d'intérêt économique général " - c'est ainsi que la future constitution appelle les services publics - en interdisant les aides publiques qui faussent la concurrence. Le projet de constitution prévoit aussi d'interdire toute restriction aux mouvements mondiaux de capitaux : la taxe Tobin est donc constitutionnellement enterrée (sauf choix unanime des 25 Etats membres !).

Le projet de Constitution européenne a donc un but évident : rendre constitutionnel le dogme libéral et fermer ainsi tout autre horizon pour l'avenir des européens : avec le projet de Constitution, le marché est l'horizon indépassable et éternel de l'Europe !

Il va donc falloir exiger que ce projet soit ratifié directement par les peuples pour qu'il y ait un débat public. Bien entendu, une nouvelle fois, ce débat - s'il a lieu - risque d'être étouffé : la pensée unique matraquée par des médias unanimes martèlera que le choix est entre l'Europe (moderne et ouverte) et l'anti-Europe (archaïque et populiste); elle ne parlera que de l'aspect institutionnel et occultera l'implacable logique de marché qui imprègne tout le projet. Un journal comme Le Monde a déjà montré à quoi il fallait s'attendre : après avoir effectué un sondage sur la base de la question " Etes-vous favorable à l'élaboration d'une constitution européenne ? ", ce quotidien " respectable " a titré sur le soutien des français à la constitution européenne telle qu'elle est dans le projet actuel. A l'évidence, une fois encore, la pensée de marché n'hésitera devant aucune intimidation ni aucune déformation pour imposer " sa " constitution.

Le libéralisme est donc à l'offensive sur tous les fronts. L'épisode de Cancun ne doit pas nous faire oublier qu'il nous faut le combattre pied à pied sur chacun de ces fronts : de l'OMC au projet de Constitution européenne, de la réforme des retraites à celle de l'assurance maladie.