ATTAC 37 / Groupe Sud-Nord

Se faire connaissance pour "s'approprier ensemble l'avenir de notre monde".
Programme "Echanges pour connaître les peuples du Sud" ,

 

Nous reprenons pour l'année 2004-2005 nos activités, avec nos réunions mensuelles des troisièmes mardis, de 18 heures 30 à 20 heures, au Cidmaht (les Halles de Tours), place Gaston Pailhou, porte C, 2ème étage.
Les deux dernières années, nous avons porté nos efforts sur le thème : "Mieux connaître les peuples du Sud de la planète".
Cette année, nous sensibiliserons les Tourangeaux sur "Les problèmes des peuples du Sud liés aux politiques et aux pratiques des États et des citoyens du Nord de la planète."
Notre première réunion, le 21 septembre prochain, sera consacrée à la préparation d'une réunion-débat publique sur "Les conséquences prévisibles sur les peuples d'Afrique du OUI au prochain référendum sur le projet de traité constitutionnel européen proposé par la Convention Giscard d'Estaing". Comprenez que c'est un énorme chantier pour nous. Nous avons besoin de beaucoup de "têtes" et de beaucoup de "mains". Vous y êtes donc cordialement invité-e.
Bien attac'ment vôtre.
L'animateur du groupe : Joseph.

Ouvert à tous ,
au CID-MAHT, les Halles de Tours, porte C, Niveau +2.

Si vous avez des contacts, Tourangeaux ayant voyagé dans les pays du Sud, ou originaires du Sud de passage ou immigrés en Touraine, aidez-nous à mieux faire connaître avec eux les peuples du Sud de la planète, pour qu'ensemble nous puissions "reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière…" (Plate forme fondatrice d'ATTAC du 3 juin 1998) ,
téléphonez à Joseph : 06 87 55 52 17
joseph.raharijesy@tele2.fr

Exposé devant l'Assemblée mensuelle du 25 mai 2002.

"Contextualisation" des actions du Groupe Sud-Nord  
(par Joseph Raharijesy)

Notre première tâche a été de cadrer nos actions. Cinq éléments contextuels nous guident.

1-Les quatre grandes inégalités sociales de notre temps.

Par l'observation quotidienne, chacun peut constater que le monde des humains présente trois grandes disparités historiques : l'inégalité généralisée entre l'homme et la femme au détriment de celle-ci, l'inégalité entre classes possédantes et classe ouvrière au détriment de la classe travailleuse, et l'inégalité Nord-Sud au détriment du Sud. Ces trois strates d'inégalités sociales, iniques en elles-mêmes, en cachent une qui constitue l'iniquité suprême : la femme travailleuse du Sud est l'être humain le plus écrasé de l'humanité.

Ces quatre disparités historiques restent banalisées et profondément ancrées dans les mentalités, dans les mœurs, dans les lois nationales, dans les institutions, dans les sélections scolaires et professionnelles, dans les répartitions salariales, dans les grands projets, et se pratiquent comme si elles étaient dans la normalité des choses.

2-L'inaliénabilité de la souveraineté individuelle (de l'être humain).

Tout être humain naît avec 100 milliards de neurones (1), et chaque neurone a une capacité connexionnelle - donc de mémorisation élémentaire - de 1028 (2). L'essentiel de ce gigantesque capital neuronal se trouve dans notre néocortex, le cerveau de la mémoire environnementale. Chaque cerveau humain a donc la capacité potentielle d' "embrasser" tout l'univers, spatial et historique, pour "contextualiser" sa pensée, son éducation, son action et sa création.

Tout être humain dispose donc d'une potentialité cérébrale hyperpuissante et égale, qu'il soit femme ou homme, enfant ou adulte, natif du Nord ou immigré issu du Sud, blanc, noir, rouge, jaune ou beur, ouvrier, technocrate, grand patron, multimilliardaire, roi ou despote. Le parcours de vie de chacun étant obligatoirement différent, la culture, les convictions, les priorités, la personnalité qui en résultent sont forcément singulières, uniques même. La différence est une normalité et une richesse à valoriser et non à noyer dans une pensée unique. La souveraineté de l'individu humain, égale pour tous, est inaliénable.

3-La régression reptilienne de l'être humain.

C'est aussi un fait d'observation quotidienne. La presque totalité des êtres humains adultes pensent et agissent sur la base du chacun pour soi, y compris contre l'autre et au détriment de l'autre. Cela fait naturellement penser aux conditions de vie et aux comportements de nos ancêtres les reptiles. Mais la faiblesse du capital cérébral de ceux-ci ne leur permettait qu'une "contextualisation" restreinte, très locale. Ils réagissaient d'une manière automatique pour leur subsistance immédiate.

La dérive reptilienne du mental de l'homme, un être puissamment équipé, peut amener l'humanité à son autodestruction. Nous vivons une jungle "homo-reptilienne" redoutable. Concurrence, manipulation, affrontement, guerre, instrumentalisation du cerveau de l'autre, prédation de ses forces de travail, verticalisation des relations, pyramidalisation des structures sociales, accumulation sans limite de la propriété privée, sur-domination par surarmement, plaisirs et joies sadiques du vainqueur, le tout animé par la violence, sont les caractéristiques principales de cette jungle et des mentalités archaïques qu'elle formate.

Tous les grands systèmes sociaux vécus par l'humanité jusqu'à ce jour reposent sur ce chacun pour soi de la régression reptilienne : patriarcat, esclavage, féodalisme, capitalisme libéral, colonialisme, néocolonialisme, spéculation financière, mondialisation-globalisation libérale. La révolution française de 1789, phare du monde entier, a pu ériger les jalons des droits de l'homme et du citoyen et fonder une espérance de liberté, d'égalité et de fraternité ; mais elle a conforté le capitalisme libéral, forme par excellence du nombrilisme moderne. Le communisme historique installé à l'Est par la révolution d'Octobre n'a pas su extirper la "reptilitude" des mentalités et des institutions au sein même de son organisation sociale : il a implosé. 

4-Répartition des richesses accumulées : sur-héritiers, sous-héritiers, et déshérités.

Actuellement, seuls 20% de l'humanité disposent des 80% des revenus de la planète (PNUD).

Une minorité constitue les sur-héritiers. Ceux-ci placent leurs butins dans les paradis fiscaux et juridiques, dans les fonds de pension et autres placements spéculatifs. L'OMC, le FMI et la Banque mondiale sont là pour les servir.

Les sous-héritiers forment une grande majorité de la population du Nord. Ils sont obligés de vendre leur force de travail contre des salaires de plus en plus austères, dans des entreprises où ils sont en proie à la précarité, au chômage, à l'exclusion. Mais grâce à de hautes luttes historiques et à une veille permanente, ils arrivent à bénéficier d'importants acquis sociaux, de services publics performants, de libertés citoyennes -hors entreprise-, de places et de monuments publics agréables.

Les déshérités forment au Sud la plus importante masse populaire de la planète. Après des siècles d'asservissement et de pillages par l'esclavage, par le colonialisme et par le néocolonialisme, ils retombent sous la coupe infernale de la mondialisation libérale. Le FMI et la Banque mondiale, têtes de proue du libéralisme mondialisé, a soumis leurs Etats à un surendettement programmé et transformé en rente viagère, en perte de la souveraineté nationale, en exploitation globalisée des peuples. Des salaires de misère sont imposés au nom de la concurrence. Les meilleurs produits sont exportés, et en retour ces déshérités exploités doivent survivre en achetant des produits déclassés voire des déchets provenant des pays du Nord. Les services publics, déjà à minima sous l'époque coloniale et néocoloniale, sont laminés chaque jour par le service de la "dette" - en réalité déjà remboursée plusieurs fois - et par les divers plans d'ajustement structurel imposés. L'humiliation des peuples du Sud va jusqu'à leur proposer, par les Etats Unis, une miette des butins extorqués pour se donner bonne conscience sur le "droit à polluer" la planète, droit que les Etats riches s'octroient déjà depuis longtemps.

Dans cette répartition intolérable des richesses accumulées par l'humanité, devinez qui est la plus grande victime ? - Evidemment la femme en général, au Nord bien sûr, mais encore pire au Sud. Il n'est pas inutile de répéter cent fois, mille fois, que 70% des pauvres de la Terre sont des femmes.

5-L'humanisation possible et nécessaire des mentalités et de la société humaines.

C'est toujours un fait d'observation. Penser à tout et à tous, délibérer autant que possible AVEC tous, dans l'objectif d'agir POUR tous,  humanise les relations. Celui qui pense et qui agit ainsi rompt avec son archaïque égoïsme réptilien. Par ses cent milliards de neurones, pour achever sa mutation humaine, chacun se doit de développer et d'utiliser toutes les capacités mentales propres à l'humain.

Pour y parvenir, au delà du savoir environnemental nécessaire à une "contextualisation" mondiale de sa pensée et de son action, l'humain peut et doit dans sa tête étiqueter les signes de régression reptilienne qu'il peut observer autour de lui, et se comporter devant l'individu qui présente ces signes  comme devant un "homo-reptilien", un véritable reptile puissant et dangereux. Il peut et doit opposer une réponse humaine à toute agression quelle qu'elle soit. L'humain peut et doit tenir compte des singularités de chacun, respecter la souveraineté égale de chaque individu. Il peut et doit se mettre en complémentarité "horizontale" voire en synergie - et non en concurrence - avec les autres humains pour réfléchir, créer et produire. L'humain peut et doit partager équitablement le pouvoir, le savoir, le territoire et l'avoir, fruit du travail commun. Enfin, l'humain peut et doit préserver les richesses communes, l'environnement naturel, et la biodiversité, locaux et généraux.

Afin d'ancrer définitivement cette mutation mentale, l'humain peut et doit cultiver les émotions et les sentiments correspondants.

Acquérir ces mentalités humaines paraît utopique. Elles sont pourtant accessibles immédiatement par chacun, par option de mode humain - et non reptilien - de vie, sans aucun inconvénient en retour. Essayez et vous verrez. L'école doit y contribuer. Mais tout adulte peut s'y mettre et y parvenir. 

La persistance et l'aggravation constante des grandes disparités sociales à ce début du 21ème siècle, sur fond de démographie galopante et de progrès technologiques explosifs autant dans le domaine de la communication que dans celui de la surveillance et de l'extermination des hommes, aboutiraient très vite à l'hécatombe générale, si nous ne remplacions pas rapidement notre "intouchable" égoïsme actuel, archaïque et reptilien, par une véritable humanisation de notre mental et de notre société.

(1)  Jean-Pierre Changeux, La nature et la règle, Odile Jacob, Paris 1998.

Arthur C. Guyton, Neurosciences, Neuroanatomie et Neurophysiologie, Piccin Nuova Libraria, Padoue (Italie) 1996

(2) Dominique Chalvin, Utiliser tout son cerveau, les Editions ESF, 1986.