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PARADIS FISCAL, ENFER SOCIAL

L'année dernière, c'est
la date du samedi 9 octobre qui a été retenue
pour organiser une journée européenne de mobilisation contre
les paradis fiscaux. Cette initiative fait suite aux opérations « Étonnants
paradis » de juin 2001, « Cash cache partie dans les paradis » d'octobre
2002 et octobre 2003 et s'inscrit dans notre campagne permanente pour
exiger la suppression des paradis fiscaux.
L'idéologie néolibérale, qui fustige constamment
les Etats et les services publics, qui prône partout la compétitivité et
la performance financière, qui estime qu'il y a toujours trop
d'impôts, est entièrement responsable du développement
des paradis fiscaux. Le souci de justice fiscale n'est plus à l'ordre
du jour et la concurrence fiscale est déclarée être
un élément dynamique dans le fonctionnement et le développement
des marchés financiers.
Dans ce contexte idéologique, la fraude fiscale est encouragée
et les paradis fiscaux présentés comme étant des
modèles à atteindre pour tous les Etats. Chaque année
ce sont plus de 500 milliards d'euros de recettes fiscales qui échappent
ainsi au fisc au niveau mondial, entre 38 et 50 milliards pour notre
seul pays. Dans le même temps, les budgets des Etats aggravent
leurs déficits et les caisses de protections sociales se vident.
Les Etats s'endettent auprès des plus riches, ceux qui profitent
des paradis fiscaux pour échapper à l'impôt, leurs
assurant ainsi une rente garantie, remboursée par les classes
moyennes et les plus pauvres.
En matière de lutte contre le blanchiment, les législations
nationales sont peu coercitives et peu performantes, quand elles existent.
Les coopérations internationales sont réduites. De plus,
face à une activité criminelle sans frontière, le
caractère au mieux national, territorial, fragmenté et
limité de la répression ne peut que conduire à l'échec.
La spéculation, l'évasion et la fraude fiscale ne sont
pas de simples opérations financières, c'est une forme élaborée
de vol, d'abus de biens sociaux, qui permettent aux multinationales et
aux classes dominantes d'échapper à l'impôt. Leur
objectif est de surtaxer les revenus du travail pour pouvoir exonérer
totalement les revenus du capital.
L'égalité devant la loi est un principe fondamental dans
toute démocratie. Les lois fiscales n'échappent pas à ce
principe. La fiscalité n'est ni une question « technique »,
ni un problème « complexe ». C'est un sujet totalement
politique qui doit être pris en charge par les citoyens. Sans justice
fiscale, il ne peut y avoir de justice sociale.
La lutte contre la criminalité financière et les paradis
fiscaux s'inscrit dans la perspective de récupérer les
espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère
financière et de permettre l'établissement d'une justice économique
et sociale internationale. Le problème de l'existence et du développement
des paradis fiscaux est donc évidemment politique, et il y a urgence à réagir,
si nous ne voulons pas laisser le monde de la finance imposer sa « loi » sur
toute la planète.
«
Le désarmement du pouvoir financier doit devenir un chantier civique
majeur si l'on veut éviter que le monde du siècle à venir
ne se transforme en une jungle où les prédateurs feront
la loi. » (Ignacio Ramonet, « Désarmer les marchés »,
Le Monde Diplomatique, décembre 1997).
Le Bureau d'Attac,
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