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Communication faite au congrès de Guadeloupe 2005

jeudi 7 avril 2005, par Nicola


Mesdames et Messieurs les représentants des citoyens de Guadeloupe, l’Association pour la taxation des Transactions financières à but spéculatif et pour l’Aide aux Citoyens, plus connue sous son acronyme : ATTAC, vous remercie de l’avoir invitée à s’exprimer devant ce congrès sur l’immigration mais regrette le manque de concertations préalables participatives…

Ce congrès s’inscrit dans un contexte de xénophobie dégradant pour nous tous, immigrés ou descendants d’immigrés.

Car, dans cette salle, nous sommes tous des immigrés.. Forcés ou volontaires pour de multiples raisons, notre premier travail à tous doit être d’affirmer qu’il n’y a pas de société humaine et à donc Guadeloupéenne sans immigration ; d’affirmer que la créolité est et doit rester un exemple d’intégration ouvert.

La vraie question n’est pas l’immigration ! La vraie question, c’est la cause de l’immigration et la façon dont nous la vivons, nous, dans les pays récepteurs.

ATTAC Guadeloupe constate que l’immigration intra-Caraïbes est principalement la fuite d’une misère sans cesse aggravée par l’expension ultra libérale. Cette misère ultra libérale où l’on met en concurrence les faibles avec les faibles pour le seul profit d’une poignée.

Car enfin ce ne sont pas les mieux formés ou les mieux armés qui subissent l’anathème ; mais bien les affamés et les sans espoirs !

Et parmi nos concitoyens, ceux qui les rejettent si dramatiquement sont bien souvent les mêmes victimes de politiques anti sociales validés par leurs élus à force de renoncements et de soumission devant la dictature des marchés et des media.

ATTAC Guadeloupe insiste sur la nécessité absolue de ne pas isoler et de ne pas stigmatiser mais au contraire d’accompagner ces populations…car ce n’est pas en s’enfermant, en se cachant derrière un mur ou des vedettes que nous règlerons les problèmes. La stigmatisation condamnent ceux qui ont le plus besoin d‘aide à se cacher, à tout subir et à tout mettre en oeuvre pour se nourrir, s’habiller, se loger.. Ils deviennent ainsi l’outil d’une concurrence basée sur l’exploitation de la pauvreté où nous sommes et serons toujours, tous perdants …

ATTAC Guadeloupe rappelle que ce n’est qu’en aidant le développement des pays les moins avancés que nous pourrons ralentir le légitime « sauve-qui-peut » des populations les plus démunies.

Cependant, ATTAC veille et restera vigilante pour qu’une nécessaire action de codéveloppement ne se tranforme pas en un acte « involontaire » de néo colonialisme, d’accroissement de la dette, ou de prédation supplémentaire sur leurs ressources…

Haïti, Dominique, Sainte Lucie et les autres ne doivent pas être des marchés, mais l’exemple d’un développement nouveau, concerté, respectueux !

Mesdames et Messieurs les élus, vous ouvrez par ce congrès les débuts de travaux dont les responsabilités face à l’histoire de notre zone géographique sont énormes.

Notre présence ici prouve qu’ATTAC Guadeloupe est à vos côtés.

Mais il faut que dans cette salle on arrête de parler pour se faire plaisir ou pour faire plaisir à son électorat, car nous devons d’abord répondre à l’Urgence absolue ici et maintenant. On ne peut pas raisonner sur le long terme avec une population appeurée.

C’est pourquoi, ATTAC Guadeloupe demande que soient poursuivis immédiatement tous les actes xénophobes ! Nous demandons également que soient régulariser les citoyens caribéens irréguliers actuellement présents sur notre territoire et qui ne portent pas atteinte à la sécurité. Nous n’avons rien à gagner en poussant les immigrés déjà présents à demeurer clandestins et alimenter un réservoir de misère, corvéables à souhait au détriment des Guadeloupéens eux-mêmes fortement précarisés.

Ensuite, c’est avec les populations locales qu’il faudra analyser leurs besoins fondamentaux et rechercher les priorités d’un co-développement.

Mais, ce développement dépend aussi des cadres existant et des outils financiers disponibles, qui sont trop souvent inadaptés. Les mécanismes de coopération sont souvent inaccessibles aux petits projets concrets sur lesquels des acteurs de taille réduite pourraient collaborer…

Il nous faut recenser et analyser les dispositifs disponibles pour exiger la refonte de certains en des leviers nouveaux plus adaptés aux réalités de nos pays, mais pour cela, il vous faudra aller défendre ces nouveaux outils et ces nouveaux cadres…

Et sur cela ATTAC Guadeloupe souhaite insister encore et encore : vous devez être le relais vers l’Europe des revendications nécessaires à une meilleure intégration des DFA dans leur environnement caribéen.

En effet, il n’y aura pas de co-développement sans abolition de la dette des pays pauvres, et c’est un combat que nous devons mener et gagner ensemble à Paris, Bruxelles et plus loin encore.

Il n’y aura pas de développement soutenable si les actions de développement demeurent des enjeux spéculatifs de société monolithiqes continentales dont les revenus finissent dans des holdings situées dans des paradis fiscaux et dont les réalisations sont trop souvent les friches industrielles inutiles de demain.

Il n’y aura pas de développement durable si la création d’un outil financier pérenne n’est pas décidée par une taxation internationale sur les flux financiers spéculatifs.

Il n’y aura pas de co-développement possible si ici dans cette Guadeloupe européenne, les citoyens sont entraînés vers une dégradation de leur niveau de survie, vers toujours plus de précarité en constitutionnalisant la dictature des marchés.

Il n’y aura pas de solution aux flux migratoires si les enfants des pays qui nous entourent n’ont pas accès aux médicaments ou à l’eau potable par parce que nous ne luttons pas à contre la marchandisation de la santé, de la nature et de l’être humain !

Mesdames et Messieurs les élus, nous espérons que vos travaux mèneront à des concertations approfondies et que les résolutions que vous prendrez s’inscriront dans l’histoire de la créolité comme un acte digne et fort contre l’ignorance et le cynisme économique…

Le 4 et 5 juin 2005 se tiendra un forum social à Petit-Bourg. Ce sera le premier en Guadeloupe et nous invitons tous les citoyens à se joindre à nous. Nous pouvons changer les choses !

Un autre monde est possible, une porte est dans cette salle, osez la pousser avec nous !

Merci

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