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Une jolie tête de bouc emissaire

Un trader de 31 ans aurait causé seul des pertes de près de 7 milliards d’euros mais.. pas pour son enrichissement personnel. Donc depuis ce matin, la photo du type, son nom, son adresse son offerts au lynchage. Bon d’accord, et si le capitalisme financier nous offrait un joli bouc émissaire médiatique pour échapper à la démonstration de ses coupables manipulations ?

samedi 26 janvier 2008, par Bruno


Le p’tit gars ne m’est pas spécialement sympathique, diplômé en Finance des marchés et candidat de l’UMP aux municipales. Bon d’accord.. Mais franchement je ne peux pas supporter le fait que depuis ce matin la plupart des journaux de la planète nous jettent en pâture sans aucune forme de procès, son visage, son nom, son adresse et le cloue au pilori médiatique. Non mais c’est quoi ce délire ? Le capitalisme financier a donc le droit de prononcer et exécuter une sentence publique, et cela n’émeut personne. C’est une honte !

Ce type n’aurait même pas tenté de s’enrichir personnellement et le voilà offert en holocauste sur l’autel de cette nouvelle religion qu’est l’économie pour aveugler quelques gogos qui constituent la masse des fidèles. Je nous croyais partis pour le XIX ème siècle, nous voila rendu au moyen âge. Afin de sauver tout l’édifice clérical, un moine prétendument sodomite est conduit au bûcher. Voyez bonnes gens, la faute ne peut leur incomber car ils vous offrent un sacrifice expiatoire ! Une religion dites-vous ? Absolument, car l’économie n’est pas une science ! Depuis ma naissance je n’ai jamais vu une prophétie économique se révéler vraie, et vous ? Cette fameuse prévision de croissance qui sert chaque année à faire le budget et que Sharko à l’instar de ses prédécesseurs aurait bien aimé deviner lui aussi. Ces miracles, aussi appelés « progression fulgurante d’une action » sont manipulés par la rumeur et les déclarations autorisées (l’abandon de la pub sur les chaînes privées par exemple). L’économie n’est qu’une grille d’analyse d’une situation achevée, elle est le fruit de la politique ou de l’absence de politique, mais en aucun cas le contraire, malgré ce qu’on veut vous faire croire.

Alors est-ce que le clergé peut exécuter un de ses croyant zélé, fanatisé et isolé pour se laver de tout péché ? Non, c’est le système en soi qui porte le crime, ceux qui le pensent et le promeuvent sont les véritables salauds.

Le capitalisme financier aspire au travers des banques la rémunération de la population pour enrichir les actionnaires à longueur d’année. Quand je parle actionnaire, je ne parle pas des gogos qui pensent épargner le maigre fruit de leur travail en achetant quelques actions de leur aspirateur à pognon. Non ceux là, les évènements comme celui qui secoue la société générale se chargent de les nettoyer régulièrement par des augmentations de capitaux rendues inéluctables par ce fameux contexte économique. Toute secte s’enrichit principalement sur ses croyants. Non je veux parler de tous ceux qui professent que l’argent doit produire de l’argent, peu importe la misère et le nombre de morts générés.

Car l’argent confié à sa banque sert principalement la spéculation. Notre sueur est prêtée à des fabricants d’armes qui tuent réellement nos enfants, des multinationales qui détruisent notre environnement et notre santé et des fonds de pensions qui imposent aux sociétés dont ils prennent le contrôle de produire des rendements à deux chiffres, dans une économie qui péniblement progresse de 1 à 2%... Cherchez l’erreur ! Le rendement se fait donc sur ce qui est compressible, les salariés, et sur l’accumulation d’argent offert sans contrepartie, c’est-à-dire la captation de l’argent public qui devrait servir à financer ces fameux services du même nom.

Plutôt que la tête de ce jeune zélateur de la foi nouvelle qui est éventuellement coupable d’avoir égratigné la main de son maître en faisant le sale boulot qu’on lui a attribué, ce matin j’aurais voulu voir au pilori celle de tous les grands pontifes capitalistes et libéraux.

A lire, si ce n’est pas fait : « L’antimanuel d’économie », tome 1 et 2, Bernard Maris « Le grand bond en arrière », Serge Halimi

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