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Mercredi
2 avril - De l'autre à l'ennemi
après la projection, à 20h, de "Les autres hommes"
de Michel Viotte (France 2006, 86 min.)
avec : Emmanuel Terray, anthropologue, directeur d'études à
l'EHESS,
___._..Odile Biyidi Awala, alias Odile Tobner,
Présidente de Survies
Animatrice : Eugénie Barbezat, journaliste, productrice de l'émission
"liberté sur paroles" sur Aligre FM
C'est en convoquant les sciences humaines que nous
voulons essayer de mieux comprendre la xénophobie, déterminer
dans quelle mesure il s'agirait d'une tendance naturelle de l'être
humain ou combien, à l'inverse, ce penchant serait conditionné
par l'environnement culturel et sociétal de l'individu.
Comment en vient-on à rejeter l'"autre", celui qui est
perçu comme différent, étranger à soi ? La
découverte de l'autre peut aussi bien créer un attrait qu'une
réaction de rejet, de peur, de haine. Par quel basculement une
réaction primaire se constitue-t-elle en idéologie ?
L'hostilité à l'égard de l'étranger est trop
souvent récupérée comme argument politique, voire
comme programme électoral, pour mieux rassembler la nation contre
un ennemi imaginaire mais visible. Cette logique du bouc émissaire
peut conduire à toutes les violences, à toutes les dérives.
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Jeudi
3 avril - Le rêve éternel
de l'identité française
après la projection, à 20h,30 de " Comment peut-on
être français ?" de Négar Zoka (France,
2002, 52 min.)
avec : Suzanne Citron, maître de conférence honoraire, historienne,
auteur du Mythe national
____._Corinne Bonafoux, historienne, chercheuse
à l'Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP)
Animatrice : Eugénie Barbezat, journaliste, productrice de l'émission
"liberté sur paroles" sur Aligre FM
À l'heure où la France a osé créer un Ministère
de l'Immigration et de l'Identité Nationale il est opportun de
revenir sur l'Histoire de la construction de l'unité nationale.
Pour raconter cette Histoire tourmentée et complexe il faut d'abord
détruire un mythe : la fondation de la France n'a rien de naturel.
Elle est, au contraire, le résultat d'un processus incertain mêlant
perpétuellement consentement à une appartenance commune,
résistance à l'assimilation, répression plus ou moins
violente de cette résistance. Les historiens ne s'accordent pas
pour dater les prémices de l'unité nationale. Certains remonteront
à François 1er et l'édit de Villers-cotterêts
de 1539 imposant la langue française dans les actes administratifs
sur tout le territoire de la France d'alors. D'autres préfèreront
la consolidation de l'emprise du pouvoir royal du " Grand Siècle
" de Louis XIV. D'autres encore répugneront à prendre
sérieusement en compte autre chose que les acquis libérateurs
et centralisateurs de la Révolution française. Tout cela
pourtant converge vers le même but : la confusion de l'État
et de la Nation.
L'une des conséquences majeures de la formation et du renforcement
de l'Etat-Nation tient en une autre confusion, entre unité politique
et uniformité culturelle cette fois. A partir de la Terreur de
1794, au nom de la nécessaire unité politique de la France,
on détesta toute forme de particularisme " provincial "
- souvenons-nous au passage que le mot province signifie pays vaincu -
vue comme un obstacle à la propagation de la Modernité.
La troisième République avec l'École de Jules Ferry
envoyant ses " hussards noirs " en campagne pour détruire
les langues régionales contribua fortement à l'idée
selon laquelle la diversité est l'ennemie de l'unité. Ainsi
on a pu voir fleurir en Bretagne entre les deux guerres des affiches apposées
dans les lieux publics décrétant " Défense de
cracher par terre et de parler breton ". L'unité de la nation
est idéologiquement renforcée tout au long du 19ème
siècle - notamment au travers des manuels scolaires - par le recours
au mythe du soldat-laboureur . Le petit Chauvin est un paysan vivant modestement
dans sa province en temps de paix et partant allègrement au front
chaque fois qu'une armée étrangère menace l'intégrité
nationale. Une fois l'unité faite en son intérieur la France
va pouvoir s'occuper de son extérieur.
L'année 1885 marque la véritable volonté de la France
de se doter d'un empire colonial lui conférant le statut de grande
puissance quinze ans après sa défaite devant la Prusse.
Parée de la nécessité proclamée de civiliser
les populations des territoires conquis l'entreprise coloniale contribua
à cimenter durant des décennies l'unité nationale.
Dans le même temps, la société française vivait
la confrontation, sur son territoire même, à des populations
venues d'ailleurs et souvent géographiquement concentrées
autour des bassins industriels. Là, il faut détruire un
autre mythe : l'intégration des nouveaux arrivants ne se fait que
très rarement dans la sérénité du mélange
harmonieux des cultures. A Marseille, dans les années 1920-1930,
on affirmait que les Italiens jamais ne s'intégreraient tant ils
étaient " différents de nous ". L'intégration
a toujours demandé du temps et des efforts pour dépasser
les tendances xénophobes ou racistes. D'une certaine manière
l'apport de populations consécutives à la décolonisation
- puis l'intégration de leurs enfants - ne représente pas
une nouveauté mais poursuit la longue histoire de la construction
d'une identité qui sans cesse s'interroge sur elle-même.
Ce n'est donc pas encore la fin de l'Histoire. La France de demain ne
saurait ressembler à celle d'aujourd'hui, encore moins à
celle d'hier.
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Vendredi
4 avril - Les réalités économiques
de l'immigration
après la projection, à 20h30, de " Victimes
de nos richesses " de Kal Touré (Mali,
2006, 58 min.)
avec : Mouhoud el Mouhoub, professeur d'économie à l'Université
Paris IX Dauphine)
___._..François Brun, ingénieur
de recherche CNRS
Animateur : Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Économiques
Comme les autres aspects de l'immigration, les implications économiques
de cette dernière sont victimes d'idées reçues aussi
nombreuses que simplistes, qui font écran à une analyse
globale et pertinente du phénomène.
Ces vérités toutes faites, nous les avons toutes entendues
un jour ou l'autre : les immigrés font une concurrence déloyale
au salarié français ; la France consacre déjà
beaucoup d'argent à aider leurs pays d'origine, elle ne peut donc
pas, en plus, les accueillir ; les immigrés travaillent ici et
envoient tout ce qu'ils gagnent au pays, ce qui ne profite pas à
l'économie française
Ces a priori ont le confortable
avantage de réduire l'immigration à un ensemble d'impacts
négatifs sur l'économie et le travailleur français.
Vouloir objecter que les dommages causés par la colonisation ou
les inégalités entre pays riches et pays pauvres pourraient
justifier une aide ou un soutien quelconque, ne fait souvent qu'envenimer
le débat : " la France s'est suffisamment dédouanée
; on ne va pas culpabiliser une population qui n'est pour rien dans cet
état de fait, et puis ce n'est pas de notre faute si les dirigeants
de ces pays sont incapables de répercuter les aides sur la population
".
Dans ce contexte de déculpabilisation, il convient de se poser
certaines questions sur les liens réels qu'entretiennent économie
et immigration, à différents niveaux.
Sur le plan des relations internationales, on peut se demander quelle
contrepartie " migratoire " comportent les différents
accords économiques (APE, accords bilatéraux, aide au développement
)
et dans quelle mesure la multiplicité et l'opacité de ces
accords ne sont pas savamment orchestrées pour faire écran
à une analyse claire des implications. Il faudrait à ce
propos faire un sort à ce que l'on met sous le terme de co-développement.
Et en particulier à l'histoire de ces politiques, qui de louables
qu'elles ont pu être à une époque, sont devenues aujourd'hui
un indigent paravent ne parvenant pas à occulter leur véritable
finalité : légitimer le chantage à l'immigration.
Sur le plan
national, non seulement la problématique de l'étranger qui
vole son travail au Français n'est pas pertinente, mais elle ne
semble même plus d'actualité puisque même le gouvernement,
dans le sillon de la commission Attali, propose d'ouvrir largement les
frontières. Pour compenser cette " invasion choisie ",
il faudrait absolument procéder à des expulsions massives
et chiffrées comme si la France risquait d'accueillir trop d'immigrés.
C'est oublier d'une part que la France est un des pays occidentaux où
la proportion d'habitants nés à l'étranger est la
plus faible. C'est oublier d'autre part que les immigrés contribuent
à l'offre de travail et à la demande de biens et de services,
ce qui n'est pas censé être néfaste à la croissance
tant convoitée.
Sur le plan
de la " concurrence salariale ", la question semble bien moins
de savoir si " l'étranger vole son travail au Français
", que si les immigrés ne sont pas, bien malgré eux,
une formidable machine à faire baisser les salaires et à
détériorer les conditions d'emploi des salariés ;
ou si au contraire, les immigrés occupent des emplois qui leur
sont " réservés ", ce qui entraîne peu de
dommages pour le salarié français.
Enfin, concernant les bénéfices " exorbitants "
pour le pays d'origine, il conviendrait de le rapporter aux bénéfices
retirés par le pays d'accueil et aux juteuses commissions que s'octroient,
au passage, les intermédiaires comme Western Union.
Il est temps donc de poser les bonnes questions et de se livrer à
des analyses objectives et mises en perspective pour ne pas laisser le
discours sur les aspects économiques de l'immigration être
confisqué par nos médias et leurs analyses tronquées
et superficielles, par nos dirigeants et leurs déclarations "
sans tabous ", et surtout sans pertinence, et par certains de nos
concitoyens qu'un contexte économique morose suffit à se
laisser aller à des vérités à l'emporte-pièce.
Ces questions
sont assurément plus complexes que ne veulent bien le laisser croire
nos dirigeants avec leurs projets d'expulsions et d'immigration choisie,
nos médias avec leurs analyses superficielles et leurs chiffres
sans signification, et certains de nos concitoyens qu'un contexte économique
morose suffit à se laisser aller à des vérités
à l'emporte-pièce.
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Samedi
5 avril
- Du colonialisme à
la xénophobie d'État
après la projection, à16h., de " Le silence du fleuve
"
de Mehdi Lallaoui et Agnès Denis
(France, 1991, 52 mn)
avec : Olivier Lecour Grandmaison, universitaire
___..._Carole
Reynaud-Paligot, chercheure associée au Centre de recherches historiques
du XIXe siècle Paris I /Paris IV
Animateur : Henri
Pouillot,
responsable national du MRAP et témoin de
la guerre d'Algérie
La
France, comme probablement beaucoup de vieilles nations, rencontre la
difficulté d'assumer avec raison et justesse d'analyse son passé.
Ainsi, les évènements ou les périodes de son Histoire
la moins enviable s'invitent continuellement dans un débat où
la passion le dispute trop souvent à la raison. Le passé
colonial de la France resurgit régulièrement pour opposer
deux visions rétrospectives de son inscription dans l'Histoire
des peuples. L'une reste fidèle à la légitimité
du désir d'indépendance nationale des peuples colonisés
et ne voit dans la colonisation aucune possibilité de réhabilitation
a posteriori. L'autre demeure accrochée à l'idée
que la France du 19ème siècle avait une mission civilisatrice
à accomplir et que celle-ci, aussi imparfaite fut-elle dans sa
réalisation, a marqué d'une empreinte positive les peuples
concernés. Dès lors, il n'est pas exagéré
d'affirmer que la décolonisation des esprits reste à conduire.
C'est sur ce fond idéologique à la fois trouble et instable
que la représentation de la figure de l'ancien colonisé
devenu émigré potentiel - qu'il vienne de lui-même
où que son maître d'autrefois aille le chercher au gré
de ses besoins - s'est lentement forgée jusqu'à aboutir
à ce qu'il faut bien se résoudre à nommer une xénophobie
d'État. On ne saurait comprendre ce point d'aboutissement détestable
d'une Histoire inassumée sans revenir sur les enjeux profonds de
la décolonisation. C'est ainsi que les travaux d'historiens commencent
seulement aujourd'hui à montrer toute l'importance du recyclage
dans la fonction publique métropolitaine des fonctionnaires de
l'ancienne administration coloniale. Recyclage légitime de "
serviteurs de l'État " mais aussi recyclage d'idées
et de pratiques. La prise en compte de ce fait permet d'éclairer
avec pertinence l'analyse des politiques d'immigration, notamment à
partir de 1974. La fermeture officielle des frontières de la France
à cette date ne saurait en effet s'expliquer principalement par
la survenue du premier choc pétrolier d'autant que la crise économique
qui lui sera consécutive n'est pas identifiée ni même
sérieusement envisagée à ce moment-là. Une
telle décision ne peut qu'être le résultat d'un long
processus de maturation dans lequel les fonctionnaires recyclés
ont pris toute leur part. Les raisons économiques souvent invoquées
en cachent d'autres beaucoup moins avouables.
La France est aujourd'hui dans une double incapacité. D'abord elle
demeure incapable de regarder objectivement son passé qui, lui,
regarde les immigrés issus de ses anciennes colonies, eux qui osent
à peine réclamer le devoir de mémoire. Ensuite, elle
est incapable de mettre en uvre une politique d'immigration digne
d'un pays se réclamant des Droits de l'Homme. Ces défauts
de responsabilité politique ont préparé le terrain
à la Droite qui a fini par retourner à ses vieux penchants.
En reprenant à son compte de nombreux thèmes chers au Front
National, en créant un Ministère de l'Immigration et de
l'Identité Nationale, en instaurant les tests génétiques
en cas de regroupement familial de personnes immigrées le nouveau
Président de la République nous renvoie à des moments
sombres de notre Histoire. Voulons-nous les revivre ? Saurons-nous résister
à cette dramatique évolution ?
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Samedi
5 avril - Xénophobie : les mots préparent
les actes et les esprits
après la projection, à 20h30, de " La campagne de
Provence " de Jean-Louis Comolli " (France, 1992,
92 min.)
avec : Michel Samson, journaliste
___.._ Laurent Bonelli, sociologue
Animateur : Yovan Gilles de l'association "Les périphériques
vous parlent"
Il semble que les leçons de
l'Histoire sont un piètre rempart contre le retour de l'intolérance
voire de la barbarie. Nous souvenons-nous que les poussées de racisme
et de xénophobie exacerbés - quand du sentiment vulgaire
et du discours construit l'on passe à l'acte - sont la conséquence
d'une insidieuse préparation des esprits à l'irréparable
? La " chasse à l'Italien " dans le Midi de la France
à la fin du 19ème siècle a incontestablement quelque
chose à voir avec le boulangisme de 1880 auquel pas même
la Gauche n'avait su résister. Ainsi, un jour de 1893, cette chasse
fit cinquante morts à Aigues-Mortes parmi les " Ritals ".
Qui peut prétendre que la chasse aux Juifs et leur extermination
industrielle durant la Seconde Guerre mondiale eut été possible
avec la même ignoble efficacité sans l'imprégnation,
par les cerveaux les moins armés, de la figure patiemment dessinée
du Juif nuisible à la société ? Cette préparation
des esprits est d'abord une affaire de mots.
Les mots du discours xénophobe et raciste sont patiemment forgés
par des idéologues donnant libre cours à des réflexes
faciles et trouvant là le moyen d'alimenter un fonds de commerce
politique. Ces mots trouvent d'abord un écho privilégié
auprès des individus les moins aptes à y résister
intellectuellement. Ensuite, par un effet de contagion ils se répandent,
finissent par devenir banals et sont alors jugés naturels par une
part notable du corps social. Dans un contexte de crise économique
et sociale les réflexes faciles, la contagion et la banalité
du racisme sont démultipliés. L'immigré - et ses
enfants - qui alimentait jusque-là les sarcasmes approximatifs
sur sa différence dérangeante nourrit désormais un
discours délibérément hostile. Dénoncé
subjectivement comme profiteur il est devenu objectivement un ennemi dont
il faut se protéger. Le corps social est alors prêt à
se doter des moyens propices à permettre cette protection.
La France est aujourd'hui délibérément entrée
dans cette dernière phase du processus d'exclusion du " mauvais
immigré " représentant une menace prétendue
pour la cohésion sociale de la Nation. Il convient d'étudier
le lent mais inexorable glissement par lequel nous sommes passés
du discours porté essentiellement par le Front National à
l'action commise par une Droite décomplexée. Fichiers d'étrangers,
rafles, délation, centres de rétention, tests génétiques
, délit de complicité avec l'étranger illégal
: les mots sont tous maintenant dépassés par la politique
active de l'administration à ses divers échelons. Après
avoir libéré la circulation des mots on a libéré
l'action répressive au service d'une xénophobie d'État.
L'étape ultime est entamée en ce début d'année
2008 : la xénophobie officialisée est travestie sous de
louables vocables. Dans un dernier élan le pouvoir sarkozien met
en chantier, avant tout par le verbe, " la politique de Civilisation
" comme la France de Vichy avait mis en uvre " la Révolution
nationale ". Et tant pis si Edgar Morin, inventeur de la formule,
y met tout le contraire de ce qu'elle sert à cacher une fois récupérée
par les idéologues de la Droite nouvelle. L'ouverture devient fermeture
quand les Hommes sont oublieux de l'Histoire et dépourvus de sens
critique.
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Dimanche
6
avril - La forteresse
Europe à la croisée des chemins
après la projection, à 16h, de " L'asile du droit "
d'Henri de Latour (France, 2007, 55min.)
avec : Hélène Flautre, députée européenne,
présidente de la sous-commission des droits de l'homme
___.._ Nathalie Ferré, présidente
du GISTI,
Animatrice : Dominique Noguères, vice-présidente de la LDH
Au nom du refus " d'accueillir toute la misère du monde ",
les pays membres de l'Union européenne mettent en place depuis
plusieurs années une politique migratoire communautaire qui peut
être résumée en deux mots : refoulement et dissuasion.
Au fil des ans, une série de mesures a été prise
pour réduire drastiquement l'immigration vers l'UE quelles qu'en
soient les raisons, familiales, politiques ou économiques, et quel
qu'en soit le prix à payer pour les candidats à une vie
meilleure.
Parmi ces mesures, des sanctions prises à l'encontre des transporteurs
insuffisamment vigilants, des contrôles à l'embarquement
effectués par des inspecteurs européens, la construction
de véritables murailles aux points jugés vulnérables,
ou encore la création de l'agence Frontex dont le rôle est
d'intercepter en mer ceux qui tentent d'approcher les côtes européennes
pour les reconduire dans le pays de départ avant qu'ils n'accostent.
Un projet de directive prévoyant une rétention des étrangers
pouvant atteindre 18 mois, les assimilant ainsi à des délinquants
ordinaires, doit par ailleurs être prochainement soumis au Parlement
européen.
Cet ensemble de mesures s'inscrit dans le cadre plus large d'accords dits
" de coopération " entre l'UE et les pays frontaliers.
Dans ces accords figure, en contrepartie d'un co-développement"
tarte à la crème " dont on sait qu'il ne réduit
pas l'émigration à court terme, une clause migratoire selon
laquelle les migrants doivent être " traités "
par ces pays même si, dans certains d'entre eux, le respect des
droits de l'homme est loin d'être garanti. L'apparition de camps
de détention dans des pays comme l'Ukraine ou la Lybie est sans
doute le signe le plus tangible de l'externalisation actuelle des politiques
migratoires d'une Europe qui se lave les mains du sort réservé
aux migrants qui l'avait choisie comme destination.
Et qu'importe si certains parmi eux fuient des situations d'extrême
violence qui justifieraient totalement leur accueil au titre du droit
d'asile qui, selon la convention de Genève de 1951, considère
comme réfugié toute personne qui, " craignant avec
raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa
religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain
groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont
elle a la nationalité et qui ne peut ou ne veut se réclamer
de la protection de ce pays ".
Sur cet aspect particulier, la France a mis en place depuis 2003 un arsenal
législatif sans précédent dont l'objectif avoué
est tout à la fois de dissuader les éventuels demandeurs
d'asile et de restreindre au maximum l'accès au statut de réfugié.
Une page du site du ministère de l'intérieur datée
de février 2006, faisant un bilan de l'évolution des demandes
d'asile depuis 2003, se félicite ainsi : " Incontestablement
le message de fermeté a été reçu par les organisateurs
des filières qui acheminent en France l'écrasante majorité
des demandeurs d'asile ", poursuivant : " "L'offre"
française devient moins attractive ", citant enfin les mesures
" particulièrement efficaces " telles que la notion récente
de " pays d'origine sûr " et la suppression de la régularisation
automatique après 10 ans de présence en France.
Le nombre de postulants a en effet baissé de 16% entre 2004 et
2005, puis de 40% entre 2005 et 2006. Le nombre de ceux qui ont trouvé
refuge en France (chiffres OFPRA) est aussi en baisse : 9,3% en 2004,
8,2% en 2005, 7,8% en 2006, ce qui, en nombre réel, correspond
depuis 2004 à une baisse de 72%... La violence dans le monde a-t-elle
tant diminué en deux ans ?
Aucune muraille n'a jamais pu rendre une frontière totalement infranchissable.
Alors plutôt que de vivre dans un fantasme d'isolement sécuritaire
générateur de xénophobie, inversons la logique en
imaginant de vraies coopérations créatrices de paix et de
richesses pour tous.
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Dimanche
6
avril - Le renouveau
des camps
après la projection, à 20h.30, de " Waking up the nation
- The freedom bus " d'Agostino Imondi (Australie/Allemagne,
2005, 47 min.)
avec : Claire Rodier, membre du Gisti, présidente de Migreurop,
___.._ Marc Bernardot, Professeur des Universités,
Le Havre, CIRTAI,
___.._ Caroline Intrand, membre de la CIMADE
Animatrice : Eugénie Barbezat, journaliste
Les camps sont de retour. L'Europe en compte des dizaines en son sein
ou à ses portes. On y entasse d'innombrables hommes et femmes,
déboutés du droit d'asile, dernier recours avant la négation
totale de leur personnalité juridique, où la mort peut les
cueillir dans une indifférence quasi générale. Une
nuit de la fin novembre 2005, les polices marocaine et espagnole n'hésitèrent
pas à faire feu sur la foule massée contre les grilles infranchissables
séparant le Maroc de l'enclave espagnole de Ceuta. On releva onze
morts, tous déboutés et clandestins. Les jours suivants,
les caméras de diverses télévisions filmèrent
scrupuleusement les "hordes" apeurées de Ceuta et Melilla
comme pour mieux satisfaire le fantasme de l'invasion progressivement
forgé chez nous depuis trente ans. Oui, on tue, au nom de la défense
de forteresses prospères, des êtres humains dont le seul
crime est d'être issus de pays ne leur assurant plus la protection
physique et juridique à laquelle chaque individu peut légitimement
prétendre.
L'ampleur de la mondialisation des déplacements humains, en même
temps qu'elle exacerbe les tensions entre deux mondes, provoque un recul
du droit international défini aux lendemains de la Seconde Guerre
mondiale. Les articles 13 et 14 de la Déclaration universelle des
droits de l'Homme adoptée en 1948 par les Nations Unies proclament
la liberté, pour chaque citoyen, de circuler à travers le
monde. Ils sont chaque jour un peu plus bafoués. Le Haut-commissariat
aux Réfugiés (HCR), instance onusienne fondée en
1951 pour garantir la protection des personnes sans État ou dont
l'État d'origine n'assure plus cette protection, a dévié
sensiblement, au cours des vingt dernières années, de son
credo initial. Son rôle s'apparente de plus en plus à une
simple posture humanitaire et morale liée - si ce n'est subordonnée
- aux politiques de maîtrises des flux et de contrôle sécuritaire
de populations décrétées "à risques"
par les gouvernements des pays riches.
Dans ce contexte de négation du droit ces populations sont les
victimes faciles de l'internement administratif arbitraire sous toutes
ses formes.
La multiplication des variantes de l'internement, de la rétention
suivie d'expulsion à l'antichambre de la mort en passant par la
détention à durée indéterminée, ne
parvient pas à cacher la permanence de certains des mécanismes
qui l'organisent et des discours qui le légitiment désormais.
On ne fait que retrouver ici la pauvreté et la monotonie de la
rhétorique sécuritaire et xénophobe connues en d'autres
temps. Partout, on assiste désormais, comme le souligne Johan Steyn,
juge à la cour d'appel de la Chambre des lords en Grande-Bretagne,
à " l'adoption de lois expéditives et mal conçues
" accordant " des pouvoirs excessifs à l'exécutif
".
Face à cet affligeant constat, le rabougrissement mental des classes
politiques occidentales ne nous donne guère d'espoir quant à
la possibilité d'un ressaisissement rapide. Le déni de responsabilité
relatif aux conséquences de nos politiques anti-migratoires est
pourtant insupportable . L'évolution éhontée du langage
approprié à la figure de l'exilé, sa stigmatisation
comme menace pour l'ordre social, sa réduction à un problème
à régler par la répression, l'enfermement, l'expulsion
ou la force des armes le sont tout autant. Comme on aimerait que les défenseurs
les plus vifs de la République, incarnation de l'État de
droit, s'expriment sur ces sujets dramatiquement absents du débat
politique et de la réflexion intellectuelle.
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Lundi
7 avril - Résistances
à l'infamie
après la projection, à 20h30, de " Calais, ville d'errance
" de Grégory Laville (France, 2003, 70 min.)
avec : Jean-Michel Delarbre, Militant du Réseau Éducation
Sans Frontières
___..._Albert Jacquard._
Animateur : Antoine Pelicand, de la permanence d'accueil et d'aide juridique
aux sans-papiers du MRAP
On a souvent entendu la phrase suivante, notamment au sortir de la 2ème
guerre mondiale : "Plus jamais ça".
Et pourtant,
aujourd'hui, des êtres humains sont internés dans des camps,
des familles entières sont enfermées dans des centres de
rétention (qui à une lettre près n'ont rien à
envier à de vraies prisons), des nourrissons et des enfants sont
ainsi incarcérés parce que leurs parents ont commis le (grave
?) délit de ne pas posséder de titre de séjour. Chaque
jour, la police organise de véritables rafles, même aux Restos
du cur, elle pratique des contrôles d'identité arbitraires,
au faciès, en fonction d'une présumée appartenance
raciale, ces hommes en uniformes vont chercher les enfants jusque dans
leurs écoles. On incite des professionnels (enseignants, travailleurs
sociaux, personnel médical,
) à dénoncer l'identité
des sans-papiers.
Tout est
bon pour faire du chiffre. C'est en effet une des explications de la montée
en puissance de ces pratiques indignes : la création par le gouvernement
d'objectifs chiffrés pour le nombre d'expulsions. Un nombre fixé
arbitrairement, plus important d'année en année, qui incite
les forces de l'ordre à agir sans aucune humanité, à
pratiquer des expulsions injustifiables dans des conditions intolérables.
Un harcèlement policier qui pousse parfois les personnes pourchassées
à des actes désespérés pour tenter de fuir.
Qui s'indigne
encore aujourd'hui de toutes ces pratiques ?
Au sein des institutions, ces discours xénophobes et ces pratiques
inhumaines se sont banalisés au point de ne pratiquement plus donner
lieu à de véritables réactions. Pendant ce temps,
la télévision montre généralement les candidats
à l'immigration comme un fléau à endiguer et passe
sous silence les exactions de la police et des administrations.
Malgré tout, il existe encore des citoyens qui croient au respect
de la personne humaine et à la solidarité. Comme à
des moments douloureux de l'Histoire, des gens entrent en résistance,
même s'ils doivent parfois sortir de la légalité.
Ils exercent une clause de conscience, un devoir de désobéissance
civile.
En effet, l'assistance à quelqu'un qui a besoin d'un toit ou d'un
soutien devient un crime s'il s'agit d'une personne "sans-papiers".
La solidarité est punie par la loi. S'opposer à une expulsion,
même si c'est sans violence, amène devant les tribunaux.
Des enseignants reçoivent des pressions de leur hiérarchie,
des travailleurs sociaux sont inquiétés dans le cadre même
de leur travail.
Et pourtant
la mobilisation est réelle, parfois spontanée, parfois plus
organisée dans le cadre de réseaux et d'associations. Des
expulsions sont ainsi empêchées grâce à des
rassemblements de protestation organisés dans les aéroports
ou grâce à la réaction spontanée des voyageurs
dans l'avion. Des régularisations sont facilitées par le
soutien et l'accompagnement qu'offrent des associations, des établissements
scolaires, des avocats ou de simples citoyens.
C'est dans
la société civile qu'on trouve ainsi une véritable
résistance. Le réseau Education sans Frontières est
très rapidement devenu incontournable, au même titre que
des associations comme la Cimade ou la Gisti, qui oeuvrent depuis des
années auprès des immigrés et des réfugiés.
Ce sont ces mouvements qui, associés aux initiatives individuelles,
assurent un contre-pouvoir, une mutualisation de la solidarité,
une résistance à la barbarie, des gardes-fous contre certaines
dérives policières ou administratives. Ce sont tout simplement
les derniers remparts contre la banalisation et l'indifférence.
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