Objet : TR: Le
chanoine Sarkozy Pour rire ou pour pleurer !
Pour rire ou pour pleurer !
Objet
: Le chanoine Sarkozy
L'inquiétant
pacte de Sarkozy au Vatican
Dans une analyse du discours et de «
l'adoubement » du président français au Vatican, Christian Terras, directeur de
Christian Terras est l'auteur de Benoit XVI ; le pape intransigeant (
Dans le
prochain numéro de Golias, vous analysez la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican.
Vous l'avez intitulé «Le sermon du Chanoine Sarkozy: catholique et français
toujours?»…
Christian Terras. « "Catholique et
français toujours" c'est une vieille rengaine qu'on reprenait dans les
églises autrefois. La marque, proprement ahurissante, du discours de Nicolas
Sarkozy, c'est de ne pas parler au nom de tous les français, mais à partir
d'une vision catholique très traditionnelle qu'il assume comme la sienne et
celle de l'Etat français. Dans ce discours à l'église, il ne tient aucun compte
des apports spirituels, humanistes, culturels non seulement des religions non
catholiques, mais des religions chrétiennes – comme la réforme -, sans parler
des agnostiques et des athées. Il estime du reste que l'aspiration spirituelle
qui est en tout homme ne trouve sa réalisation que dans
On a
beaucoup remarqué les signes donnés au Vatican – le baise main au pape,
l'allusion au baptême de Clovis…
Il donne des signes de ce qu'on appelait
autrefois
C'est
le premier chef d'Etat français qui prend cette position…
Absolument. Dans la tradition radicale
socialiste, Chirac qui était un président de droite restait frappé du bon sens
de la culture traditionnelle laïque française. Même de Gaulle qui était un
catholique très pratiquant ne s'était jamais risqué avec les autorités
pontificales romaines ou autres autorités hexagonales à un tel mélange de
genre. Jamais. De Gaulle refusait de communier par exemple parce qu'il
incarnait la France dans toutes ses composantes et qu'il ne pouvait pas donner
un signe ostentatoire d'adhésion à une philosophie à un credo, fusse-t-il
catholique, à
Est-ce
que ce positionnement est lisible dans le parcours de Sarkozy?
Sarkozy n'est pas un intellectuel, c'est
un pragmatique. Et sur la question religieuse, il en est à la religion de son
enfance. Il n'y a pas d'évolution dans son intelligence de la foi par rapport à
ce qu'on lui a transmis quand il était jeune. Il a sa propre géopolitique
religieuse. Pour lui une société qui n'est pas référencée dans le sens ultime
du christianisme et du catholicisme, c'est une société qui court à sa perte.
Dans son livre sur la religion l'espérance et la république, c'est idéologiquement
chevillé au cœur, c'est la conviction que la République ne peut pas avoir un
sens ultime pour la cohésion sociale.
L'incursion
de la religion en politique évoque beaucoup l'utilisation du catholicisme par
Le Pen dans ses meetings…
Sans faire référence au décalogue, c'est
la même chose. C'est Le Pen en plus soft. Mais cela rappelle historiquement
Charles Maurras. Maurras ne croyait pas, mais il trouvait dans l'église
catholique le système parachevé qui pouvait permettre à un Etat de trouver le
sens de sa destinée sur terre, par rapport aux missions de Dieu, pour que les
responsables politiques puissent vivre en bonne intelligence. Pour moi, Sarkozy
emprunte au système maurassien. De l'utilité du système ecclésiastique pour
cimenter la cohésion sociale. Je vous donne, je vous délègue, je décentralise
la question du sens et cela me permet de gérer les affaires en fonction de mon
programme politique. Cela veut dire aussi j'abdique ce que la République en
elle même porte comme sens. La dangerosité de ce discours, c'est quelque chose
qui est passé complètement sous silence pendant la campagne présidentielle.
Nicolas Sarkozy ne pouvait engager un débat sur la laïcité au moment des
élections: cela mettait le feu aux poudres. Il ne peut le faire qu'en le
distillant. C'est sa conception de
Au sein
du RPR ou de l'UMP, le discours religieux n'avait aucune place jusqu'à présent…
Sarkozy réimplante quelque chose qu'on
croyait d'un autre âge. C'est sa propre vision des choses mais c'est aussi
l'aspiration d'un certain nombre de catholiques de droite. Même dans un journal
comme La Croix, qui conserve un certain pluralisme, on n'a pas trouvé une
critique, ni même l'écho d'une critique du discours de Sarkozy. Parce que dans
l'église catholique, ce discours porte. Il scelle une espèce de pacte avec les
catholiques français de droite. Sarkozy met le curseur sur la religion
majoritaire. Il leur promet ses faveurs. Et bien sûr, il attend un retour
d'ascenseur. Il leur parle de «participer à la pacification» de
l'hexagone. Il leur dit «Je vous
soutiendrais pour participer au débat et à la mise en œuvre des lois sur la bio
éthique». Et il espère un soutien pour «son grand dessein de la Méditerranée» qui rencontre l'intérêt du
Saint Siège par exemple. Rien n'est gratuit. Ce n'est pas uniquement
convictionnel. C'est aussi pour obtenir des cathos une alliance et une
mobilisation sur les sujets sensibles. Dans certains sites cathos, non pas
intégristes mais traditionalistes, Nicolas Sarkozy est présenté comme le
personnage providentiel dont la France chrétienne avait besoin. A travers
ce discours au Latran, il est perçu comme celui qui sur le plan sociétal et
civilisationnel, va faire se rencontrer la République et l'Eglise. On n'est pas
dans la théocratie, mais je crains qu'on ne s'oriente à terme à une remise en
cause inquiétante de la laïcité française.
Quelle
importance accordaient les autres présidents français au titre de chanoine de
Latran?
L'insignifiance totale pour les
précédents. Par contre, avec l'accueil du cardinal Vicaire de Rome Camillo
Ruini à la basilique de Latran, Nicolas Sarkozy s'est glissé dans le lit du
corps ecclésiastique. Comme chanoine de Saint-Jean-de-Latran, il a même
remercié le cardinal Ruini de le recevoir en son chapitre – c'est la communauté
des chanoines, le chapitre. En son chapitre! Il prend possession de Saint-Jean-de-Latran,
compte tenu de ce que ce rite désuet lui donne symboliquement comme fonction.
Mais de ce rite désuet et symbolique, il en tire un argument politique.
Monseigneur Ruini, je vous reçois chez moi à Latran. Et chez moi, à
Saint-Jean-de-Latran, je vais vous parler, au sein de mon chapitre, et je vais
vous donner mon programme, sur les rapports entre la religion, la politique et
l'espérance. Et ça c'est très fort, parce qu'il politise un symbole. Par cette
solennité, cette prise de possession des lieux, il en a fait un adoubement.
Avec Sarkozy, on a un président qui est missionné presque mystiquement
aujourd'hui. La réaction des cardinaux présents montraient qu'il était adoubé
pour être pour le Vatican l'un des grands hommes d'Etat de la planète qui portera
les valeurs du catholicisme. Cet adoubement là n'a jamais eu lieu avec les
autres présidents de la République.
Propos
recueillis par Karl Laske
Pascal Durand
B-
« L’homme est la source qu’il cherche
»
(Mallarmé)
« L'Elysée fut dans Paris le coin
inquiétant et noir. Dans ce lieu mauvais on était petit et redoutable. On était
en famille, entre nains. On avait cette maxime : jouir. On vivait de la
mort publique. Là on respirait de la honte, et l'on se nourrissait de ce qui
tue les autres. C'est là que se construisait avec art, intention, industrie et
volonté, l'amoindrissement de la France. »
(Hugo, Histoire d'un crime)
Sémiotique
et rhétorique
Université
de Liège
B
Wallonie,
Belgique
Télécopie
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