De :
didier.brissa@fgtb.be [mailto:didier.brissa@fgtb.be]
Envoyé : vendredi 21 septembre 2007 16:58
Objet : Alerte à propos de la
consultation de la
Commission Européenne « La discrimination, est-ce important ?
» et de ses graves conséquences pour notre système salarial
par Georges DEBUNNE, ancien Président
de la CGSP, de la FGTB, de la Confédération Européenne
des Syndicats et de la
Fédération Européenne des Retraités et Personnes Agées (georges.debunne@chello.be)
Chères amies, chers amis, chères et chers camarades,
En 1999,
j’ai fait entendre une voix contestataire dans l’enceinte de la Commission Européenne
à propos du projet de Directive (2000/43/CE) interdisant la discrimination. Non
pas parce que cette directive voulait lutter contre la discrimination fondée
sur un handicap, la religion, les convictions ou l’orientation sexuelle.
J’approuvais cet objectif évidemment. Par contre, je m’opposais au fait que la
discrimination « fondée sur l’âge pour une application au travail » soit mêlée
aux autres discriminations et sortie du contexte du dialogue social européen et
des relations industrielles.
J’y voyais là une attaque prévisible contre les systèmes
de protection des travailleurs que nous avions pu mettre en place tout au long
du XX° siècle.
Je participais à ces consultations en tant que Président
de la FERPA. Je
me suis rebiffé car il y avait de toute évidence dans le texte une attaque
contre l’âge fixé pour le droit à la pension de retraite. De plus, en tant
qu’ancien Président de la CES et de la FGTB, je réagissais contre les attaques
possibles aux systèmes de barèmes et de progression salariale en fonction de
l’âge. Ceci annonçait l’appauvrissement des travailleurs tout en faisant gagner
des milliards d’euros au patronat. Je pensais aux jeunes, qui entrent dans le
système de salaire de plus en plus tard et qui auraient de moins en moins accès
à une progression salariale au cours de leur carrière.
J’ai alerté mes camarades de la CES mais la maladie, m’a
empêché de continuer ces efforts.
La Directive est passée comme une lettre à la poste. La stratégie de la Commission Européenne
et du patronat était très pernicieuse. En enfouissant la question du travail,
du salaire et de l’âge dans un paquet relatif à « l’handicap, la religion, les
convictions, ou l’orientation sexuelle » la CE a su entraîner l’enthousiasme de
nombreuses organisations agissant dans le social et dans la lutte aux atteintes
aux libertés.
Depuis 2000,
le patronat et les gouvernements se sont appuyés sur cette Directive pour
imposer le recul de l’âge de la retraite avec l’argument qu’il est
discriminatoire d’empêcher de travailler les plus âgé(e)s qui veulent le faire.
Aujourd’hui, ma deuxième prédiction se réalise. Le
patronat clame haut et fort que l’application des barèmes de progression
salariale selon l’âge est illégal et discriminatoire… en se référant à cette
Directive qui a pu paraître à certains si anodine ou même bénéfique.
Vous avez peut-être lu dans le Soir du samedi 15 septembre (page 5 de Références) cette interview de
l’administrateur délégué du Groupe S qui dit « qu’en Belgique on peut affirmer
que plus de 25
secteurs de notre économie sont dans l’illégalité pour un total de 800 000 travailleurs » « toute
entreprise, individuellement serait à la merci d’une action qui serait intentée
devant le tribunal par un employé s’estimant victime d’une discrimination, par
exemple parce qu’il est moins payé qu’un collègue plus âgé que lui, qui exerce
pourtant les mêmes fonctions que lui. »
Et c’est ainsi qu’on monte les jeunes contre les plus
âgés au détriment de l’avenir des jeunes.
Pour se conforter dans sa stratégie, la Commission Européenne
lance une consultation publique en direction de la société civile à propos de
la discrimination, en posant quelques questions une fois de plus d’apparence
banale.
Adresse du site : http://europa.eu/yourvoice
Aller sur consultation et en bas de page l’enquête « La
discrimination, est-ce important ? ».
Soyez vigilants sur ce qui se décide aujourd’hui au
niveau européen et qui est irrémédiablement appliqué quelques années plus tard
par les gouvernements des Etats membres, quels qu’ils soient.
Chères amies, chers amis, chères et chers camarades, ne
laissez pas déconstruire notre système salarial ni notre système de protection
sociale.