Répression

MIS EN LIGNE LE 1er avril 2005

L’an dernier, un rapport émanant du département fédéral de justice et de police accusait l’extrême gauche d’être un des principaux facteurs de troubles intérieurs. Partout en Europe, les libertés fondamentales sont retreintes, voire muselées et la dérive sécuritaire s’annonce déjà particulièrement grande lors du prochain sommet du G8 en Ecosse, du 6 au 8 juillet. En marge du procès d’un membre d’attac, accusé de « délit d’émeute », il est temps de se demander comment on en est arrivé à de telles situations et comment y réagir, alors que les mouvements sociaux sont attaqués dans leur ensemble, à travers ces mesures répressives

De la répression sociale...

Ces dernières années, on assiste de toutes part à la destruction de l’état et à des atteintes de plus en plus graves aux protections sociales. Les coups de butoirs contre nos systèmes sociaux sont de plus en plus violents et provocateurs. Destruction des assurances vieillesse, invalidité et chômage, durcissement des lois du travail, précarisation générale de la main d’œuvre, toutes les victoires sociales sont en train d’être démantelées les unes après les autres. D’autre part, les détenteurs du capital exercent des pressions sur les gouvernements afin d’ouvrir les secteurs des services publics et de pouvoir ainsi récupérer des marchés porteurs de profits. L’AGCS, la directive Bolkestein ou la Constitution européenne sont autant de cadres légaux qui avaliseront et perfectionneront ces destructions. Ces politiques de démantèlement social engendrent des résistances et les laissé-e-s pour compte de cette société viennent sans cesse grossir les rangs des résistant-e-s : en témoignent les grèves récurrentes de ces dernières années jusqu’à celles de Filtrona et de Swissmetal. Du durcissement des rapports sociaux découle une situation explosive, qui voit s’affronter de plus en plus souvent travailleuses, travailleurs et syndicats d’une part, patronat et détenteurs du pouvoir de l’autre. Ces oppositions s’inscrivent dans une tendance globale au niveau européen. Aux répressions sociales s’ajoutent des pressions exercées sur des organisatrices et organisateurs d’actions syndicales, quand ce n’est pas des intimidations ou accusations complètement disproportionnées. Dans certains cas extrêmes, on a même vu le gouvernement sortir de sa neutralité et envoyer la police dégager un piquet de grève : les grévistes d’Allpack à Bâle s’en souviennent encore.

...à la répression policière

Après une période d’inertie, les mouvements citoyens se sont réveillés et ont commencé à s’organiser contre les politiques antisociales et contre la mondialisation financière qui participe à la promotion de ces politiques. Ainsi, depuis une dizaine d’années, les manifestations se succèdent : Seattle, Göteborg, Barcelone, Gênes, Genève. Aau fil des contestations, les manifestant-e-s se retrouvent confronté-e-s à une escalade des systèmes sécuritaires et répressifs. Après les débordements de Seattle, les gouvernements ont mis en place des système de « protection » de plus en plus durs et la spirale de la violence a ainsi débuté. À Göteborg, pour la première fois, la police tire à balle réelle sur la foule ; à Gênes, on se souvient du drame qui a coûté la vie à un jeune contestataire italien. Cette répression, faite de brimades ou de violences, prend différentes formes : contrôles d’identité abusifs, arrestations de manifestants avant même le début d’une manifestation, fichages, blocages de frontières, confiscation de matériel militant pacifiste, utilisation illégale de balles colorantes, psychose anti-terroriste allant jusqu’à justifier la présence d’un véritable arsenal de guerre, etc. Dans la plupart des cas, les victimes de ces répressions sont des manifestant-e-s pacifiques, alors que les véritables casseur-euse-s et fauteur-euse-s de troubles ne sont pas inquiété-e-s. Depuis Gênes, les tentatives de limiter, voire d’interdire les manifestations, ont pris le pas sur la confrontation directe. On l’a vu au lendemain des manifestations contre le G8 d’Evian, puisqu’une motion déposée devant le parlement de Genève visait à interdire toute manifestationssur le sol genevois. Les conditions inacceptables pour l’organisation de la manifestation anti-Davos, qui ont été exigées par le gouvernement bernois en janvier dernier, procédaient de la même velléité. Ainsi, les gouvernements responsables des destructions sociales et de la précarisation de la société, qu’ils soient de droite ou de gauche, on l’a vu à Berne, sont obligés de museler les mouvements contestataires afin de pouvoir maintenir leurs positions et leur crédibilité, et renforcer à cet effet leur appareil répressif.

La criminalisation des contestations

L’escalade de la répression et la tentative de réduction des libertés fondamentales (liberté d’expression, de mouvement, de réunion, de manifestation) sont des attitudes justifiées par des arguments sécuritaires. Or, fondamentalement, elles visent surtout à criminaliser, à décrédibiliser les mouvements sociaux, afin d’éviter de prendre en compte les revendications et de répondre à ces personnes qui réclament la fin des politiques anti-sociales et meurtrières. La criminalisation du mouvement a donc un double effet : passer sous silence toutes les revendications, ainsi que permettre la mise en place d’un système répressif. Le militant d’attac-Neuchâtel en a, malgré lui, fait la triste expérience. A la suite de la grande manifestation du G8, il s’est retrouvé accusé de « délit d’émeute » selon l’article 260 du Code pénal, qui permet d’inculper toute personne participant ou même assistant à un rassemblement qui tourne mal. Il est évident que, à travers Tomaso, c’est le mouvement entier qui est visé. Quelle meilleure stratégie pour éviter la remise en question que celle qui consiste à décrédibiliser les revendications de ses adversaires ? Certes, les succès des contestations y sont probablement pour quelque chose. Grâce à leurs revendications, les mouvements sociaux sont parvenus à ouvrir le débat, à remettre en cause la pensée unique qui régnait depuis le début des années ‘90. Aujourd’hui, plus personne ne croit au mythe de la mondialisation capitaliste profitable à tous, personne ou presque n’est prêt-e à accepter le démantèlement social mis en place par les élites de nos pays. Pourtant, les détenteurs du pouvoir, loin d’infléchir leurs positions, les durcissent et refusent ne serait-ce que d’entrer en discussion avec celles et ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis, alors même qu’ils et elles ne sont que des citoyen-ne-s averti-e-s et critiques.

Afin d’ouvrir un large débat, de revendiquer le droit fondamental et inaliénable à la liberté de penser et de manifester, afin de lutter contre ces dérives répressives, attac lance un appel qui :
— réaffirme son attachement aux méthodes non-violentes ;
— dénonce toute forme de violence policière et, à plus forte raison, lorsque celle-ci s’exerce contre des manifestant-e-s pacifiques ;
— dénonce toutes les tentatives de criminaliser les mouvements citoyens, qui ne font qu’exprimer leurs droits démocratiques reconnus par la constitution suisse ;
— affirme que, si des manifestant-e-s non violent-e-s sont inculpé-e-s, alors tous et toutes les manifestant-e-s pacifiques qui se sont trouvé-e-s pris-es dans la manifestation du 1er juin 2003 à Genève entre deux lignes de policiers ou entre policiers et lanceurs de pierres, sont eux et elles aussi coupables, et qu’il faut alors ouvrir des milliers de procès. Cette simple constatation montre l’absurdité de la chasse aux sorcières déchaînée contre les citoyen-ne-s qui défendent la justice et luttent pour la mondialisation de la solidarité.

Parallèlement, au sein d’attac-Vaud s’organise une réflexion sur les thèmes des droits fondamentaux, des libertés et des répressions. Toute personne qui serait intéressée à joindre ces discussions et amener ainsi une contribution peut se manifester -nous restons ainsi dans le vif du sujet.

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