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L’oie du marché
MIS EN LIGNE LE 7 novembre 2004
Attac Valais est née le 3 mai 2003 au milieu de la tourmente et de la polémique de l’avant G8, la presse valaisanne attendait de voir notre attitude durant ce sommet à hauts risques... Malheureusement pour cette dernière, le comité valaisan d’Attac a préféré travailler sur un sujet moins séduisant mais plus lié à notre réalité sociale et géographique. En effet les différentes sensibilités au sein du comité ont rapidement convergé vers la thématique de la sécurité alimentaire. Notre envie de travailler sur ce thème a donné naissance à un projet de jeu que nous avons appelé l’Oie du Marché. Unis à l’association d’agriculteur-trice-s biologiques valaisan-ne-s Biovalais, et au parti des Verts Sédunois, nous avons imaginé un jeu humoristique qui sensibiliserait de manière non-moralisatrice aussi bien les enfants que les adultes, aux problématiques vastes et complexes de la sécurité alimentaire.
La sécurité alimentaire touche à des problématiques diverses telles que l’écologie, la gestion de la nature, l’expropriation des ressources naturelles (eau, bois, terre) dans les pays en voie de développement, ainsi que toutes celles liées à l’exploitation des êtres humains, aux conditions de travail des ouvrier-ère-s agricoles, à l’absence de syndicalisme ou de protection sociale, aux paysan-ne-s sans terre... D’autre part, elle touche aussi aux problématiques des grandes transnationales qui, soutenues par les gouvernements, profitent d’une impunité totale pour surexploiter aussi bien l’être humain que la nature. Pour tenter d’être exhaustive mentionnons les Organismes génétiquement modifiés (OGM) et le brevetage du vivant.
La sécurité alimentaire
Etant donné le contexte agricole et géographique du Valais, nous avons naturellement eu envie de traiter d’un sujet proche des préoccupations cantonales. Attac se définissant entre autres comme un mouvement citoyen d’éducation populaire tourné vers l’action, nous avons choisi l’information comme but principal de cette première campagne. Les problématiques liées à la sécurité alimentaire peuvent être diverses et compliquées : touchent aussi bien le Valais que n’importe quelle zone rurale du monde, et sont toujours dépendantes du système économique mondial. Il nous paraissait donc important dans un premier temps de tenter de faire passer un message simple sur ces problématiques. L’idée de base est de faire comprendre que le-la consommateur-trice, par le biais de ses achats, cautionne ou refuse tout un système en amont. De plus le fonctionnement actuel de l’économie fait qu’un produit délaissé par les consommateur-trice-s sera éliminé car non-rentable. Les choix du-de la consommateur-trice sont donc importants puisqu’ils peuvent influencer l’élimination ou l’existence d’un produit et d’un mode de production. C’est pourquoi nous vous proposons de cesser d’être de simples consommateur-trice-s pour devenir des consommacteurs et des consommactrices .
Le choix d’attac-valais
Il est légitime de se demander quel est le rapport entre une association qui lutte contre la "financiarisation" de l’économie mondiale, et des problématiques a priori plutôt portées par des organisations de défenses de paysan-ne-s ou de type écologiste. Le rapport devient évident lorsqu’on met en lumière le fait que le système économique mis en place depuis une vingtaine d’années, et renforcé tous les jours par les gouvernements des grandes puissances, et par les dirigeant-e-s des grandes multinationales sous l’égide de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale, repose sur une seule donnée, à savoir le profit. Ainsi, sous couvert d’une mondialisation que l’on nous présente comme inévitable et irrémédiable, s’impose et se renforce une société profondément inégalitaire et antidémocratique, qui multiplie les exclu-e-s et les opprimé-e-s au Nord comme au Sud, accroît les disparités entre pays, augmente les richesses des un-e-s et appauvrit les autres. L’ouverture des marchés agricoles telle que la prône l’OMC ne conduira en aucune façon à l’amélioration des conditions d’existence des populations paysannes, ni à la réduction des inégalités, mais au contraire, va à l’encontre d’un partage des richesses ou des connaissances et de la préservation de l’environnement. Elle est mise en place de manière à profiter uniquement aux dominant-e-s de ce système. Concrètement, on constate que l’écart entre les économies des centres et celles des périphéries s’accroît toujours plus. De fait, cet écart est au cœur même de la perpétuation du système néolibéral. Au nom d’un avenir prétendument bénéfique pour tout le monde, toute entrave au libre déploiement du capital sur l’ensemble de la planète est abolie, et tout instrument donnant aux peuples quelque prise sur leur avenir est abandonné. Dès lors on comprend que des problématiques telles que l’agriculture, la gestion de la nourriture ou des ressources naturelles, qui touchent aussi intimement au cœur de la gouvernance mondiale, doivent être des sujets largement démocratisés et débattus.
Une problématique centrale : la souveraineté alimentaire
L’agriculture est profondément et intimement liée à une tradition, à un savoir-faire qui varie non seulement d’une société à une autre mais également d’un sol à un autre, d’un climat à un autre.
Chaque société paysanne devrait avoir le droit de produire sa propre nourriture selon ses traditions, ses besoins et ses particularités. Cela paraît naturel et pourtant l’OMC, et plus généralement le système néolibéral, par le biais des politiques mises en place actuellement, détruisent le tissu agricole régional en prônant l’ouverture des marchés au détriment des réalités locales et de la souveraineté alimentaire. Ils donnent la priorité au commerce international et non à l’alimentation des populations. Ces politiques visent à renforcer la dépendance des populations envers les importations agricoles et à augmenter l’industrialisation de l’agriculture. Elles contraignent des centaines de millions de paysan-ne-s à l’abandon de leurs pratiques agricoles traditionnelles, à l’exode rural ou à l’émigration, et sont uniquement dictées par les intérêts des grandes transnationales (Nestlé, Cairns, Monsanto...), de quelques latifundistes et des grandes puissances occidentales.
La poursuite de ces politiques ne fera qu’accentuer une crise déjà entamée depuis une première vague de libéralisations, qui a vu des produits bon marché déferler sur les marchés du Sud, en laissant les paysan-ne-s totalement démuni-e-s face à cet afflux. Seuls les grands groupes agro-alimentaires et latifundistes pratiquant des monocultures intensives et ravageuses des sols, profitent d’un renforcement de leur position en imposant leur diktat économique.
Chaque société doit ainsi avoir le droit de protéger son agriculture sans avoir à se plier à des exigences imposées par et pour le seul profit de quelques groupes agro-alimentaires et de quelques nations occidentales.
Concrètement, l’oie du marché
Comme son nom ne l’indique pas vraiment, c’est un jeu de l’oie qui permet à la joueuse ou au joueur, un-e consommateur-trice virtuel-le, d’avancer sur la carte du Valais. En cheminant, il-elle se trouve confronté-e à des questions de consommation et devra, grâce à ses connaissances, sa logique ou sa sensibilité, déterminer des choix. Il-elle aura la possibilité ainsi d’avancer rapidement si ses décisions sont judicieuses ou devra recommencer si ses choix sont absurdes. Il-elle fera donc connaissance au long du parcours non seulement avec des produits, mais surtout avec des problématiques qui leurs sont liés. Ecologie, transports absurdes, souveraineté alimentaire, conditions sociales des ouvrier-ère-s agricoles, privatisations, sont une partie des thèmes développés durant le jeu. Afin de pouvoir jouer plusieurs fois, des paramètres aléatoires seront introduits. Ainsi, on apprend au cours de la route que malgré le fait que le Valais soit richement doté en sources d’eau, Nestlé génère environ 12’000 passages de poids lourds à travers les Alpes afin d’importer des eaux en bouteilles d’Italie et de France.
Ce jeu n’a aucunement la prétention de changer immédiatement et de manière visible les habitudes du consommateur et de la conommatrice, mais de leur donner des pistes de réflexion, afin de les sensibiliser sur leurs actes de consommation. Le support informatique peut sembler surprenant mais il permet la diffusion rapide, large et démocratique du jeu. La sortie est prévue pour le début de l’année 2005 et sera accompagnée d’une série de conférences afin de compléter l’information et de lui donner une dimension plus "scientifique". Des syndicalistes, des spécialistes de la souveraineté alimentaire, des biologistes ou pourquoi pas des transporteurs routiers seront invités à s’exprimer sur les diverses facettes de cette vaste problématique.
Pour en savoir plus :
Attac valais : www.suisse.attac.org/valais
Initiative des alpes www.initiative-des- alpes.ch
Office fédéral de l’environnement
www.umwelt-schweiz.ch/
www. greenpeace.org
www.wwf.ch
Max Havelaar www.maxhavelaar.ch
Via Campesina www.viacampesina.org
Sur Nestlé : Attac contre l’empire Nestlé,
éditions attac
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