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Quelques interrogations autour du manifeste de Porto Alegre
MIS EN LIGNE LE 21 février 2005
Dix-neuf intellectuel-le-s venus des cinq continents ont co-signé, à l’issue du Forum Social Mondial de Porto Alegre (FSM), un document intitulé « Manifeste de Porto Alegre ». Les douze propositions et revendications qu’il contient reprennent l’essentiel des axes étudiés depuis longtemps par les différents mouvements altermondialistes. On y retrouve, entre autres, la taxation des transactions financières, l’annulation de la dette publique des pays du Sud, le droit à l’emploi ou encore la protection de l’environnement. Ce manifeste a le double mérite de poser clairement des jalons pour la suite de nos luttes et de constituer une réponse aux critiques récurrentes de manque de concret dans les positions du FSM. Pourtant, il a reçu un accueil plutôt mitigé de la part des autres participants, et pour cause ! Le forum brésilien s’est toujours définit comme un espace citoyen, horizontal, multiforme et sans caractère délibératif. Ainsi, la mise en place de ces revendications a été ressentie comme contraire à l’esprit de Porto Alegre. Les signataires pourtant se défendent de représenter l’ensemble du mouvement altermondialiste et précisent que seule leur propre opinion est engagée. Il n’en demeure pas moins que ceux-ci jouissent d’une grande aura médiatique et savaient pertinemment qu’un tel acte serait largement commenté dans la presse. Se pose donc la question de la légitimité de ces personnalités particulièrement connues à représenter l’ensemble des mouvements participants au forum. D’autre part, cela (re)pose aussi la question fondamentale de la traduction politique des revendications altermondialistes. Débat récurrent au sein des divers mouvements, à savoir : doit-on ou non envisager un pas vers le monde politique, est-il temps de transformer des revendications citoyennes en véritable programme politique ? Difficile de répondre ici à ces interrogations, qui ont déjà été débattues par le passé au sein d’attac-suisse et qui le seront certainement encore à l’avenir, car elles constituent un enjeu identitaire important.
Si la démarche même de ce manifeste est controversée, le contenu ne l’est certainement pas moins. Alors qu’à première vue, il semble bien reprendre l’essentiel des revendications altermondalistes, l’absence de certains thèmes fondamentaux est assez surprenante. Par exemple, la problématique de la militarisation et de l’occupation sont évoquées ; or, on ne trouve nulle condamnation claire des agressions meurtrières dont ont été victimes les irakien-ne-s. Le fait que ce thème ait à peine été effleuré incite à l’interrogation, car s’il est un sujet qui rallie à sa cause tous les mouvements sociaux, c’est bien celui de la lutte contre la guerre. Le manifeste parle uniquement de démantèlement des bases militaires, ainsi que du retrait des troupes étrangères. N’aurait-il pas été plus cohérent d’exiger l’arrêt immédiat des politiques meurtrières des gouvernements américain, britannique, russe ou israélien ?.
Autre surprise de taille est l’absence d’un refus catégorique de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS). Alors que le manifeste parle de l’exclusion de l’éducation, de la santé, des services sociaux et de la culture hors du champ d’application de l’AGCS, le principe même du commerce des services et de la privatisation des services publics n’est absolument pas dénoncé. Tandis que toutes nos forces sont concentrées sur la défense des services publics et sur la campagne « Zone hors-AGCS », que des manifestations internationales autour de ces enjeux sont prévues le 19 mars dans six villes européennes, comment interpréter la complaisance de ces déclarations ?
Alors que les mouvements sociaux réunis à Porto Alegre revendiquent des transformations profondes dans la marche du monde, le manifeste co-signé par ces dix-neuf personnalités apparaît comme un catalogue de transformations plutôt superficielles. S’il a le mérite de poser des revendications claires et en cela d’augmenter la lisibilité de nos luttes, il comporte d’importantes lacunes et ne va sûrement pas assez loin dans son message. De plus, il ravive l’opposition entre ceux qui veulent accélérer le mouvement en traduisant concrètement les revendications en programme politique, et ceux qui estiment que cette traduction entraînera la trahison de leurs luttes. L’expérience amère des brésiliens qui avaient placé un énorme espoir dans leur président Lula aurait tendance à prouver la pertinence de leur scepticisme...
12 revendications pour
« un autre monde possible »
- annulation de la dette
- taxations des transactions financières
- démantèlement des paradis fiscaux
- droit à l’emploi, à la protection sociale et à la retraite
- lutte contre le sexisme, la xénophobie et le racisme
- fin du saccage de la planète
- promotion du commerce équitable et exclusion hors du champs d’application de l’AGCS de l’éducation, de la santé, des services sociaux et de la culture
- droit à la souveraineté et à la sécurité alimentaire pour tous les pays, promotion de l’agriculture paysanne
- interdiction du brevetage des connaissances et du vivant
- droit à une information libre et alternative, donc fin de la concentration des médias aux mains de quelques grands groupes
- démantèlement des bases militaires et retrait des troupes étrangères
- démocratisation et réforme des organisations internationales
Manifeste de Porto Alegre 2005
Douze propositions pour un autre monde possible. (Document complet)
Voir aussi : L’Appel des Mouvements Sociaux du Forum Social Mondial 2005
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